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Kyoto et Nara: le Japon des temples

Cinq jours après notre arrivée au Japon, toujours le même constat: les japonais sont incroyablement sympathiques et dévoués. Dans la salle d’embarquement où nous prenons notre bus de nuit direction Kyoto, l’hôtesse se confond en excuses pour nous avoir fait patienté (pour information: nous sommes là depuis 10 minutes et le bus est parfaitement à l’heure). Hier dans la rue, sous l’injonction de l’un d’entre eux, les cantonniers arrêtent d’élaguer les arbres à notre passage (dès fois qu’une feuille d’érable nous tomberait dessus et nous tuerait sur le coup) et nous gratifient d’un « have a nice trip ». Comme le répète souvent Agathe: ce pays est formidable.

Kyoto grouille de monde et d’animation. En ce dimanche d’octobre où nous y arrivons, les japonais se plaisent à enfiler les traditionnels kimonos et aller parader ainsi aux abords des temples. Il faut dire que la ville en regorge, plus d’une centaine rien que dans le centre ville, de toutes sortes et de toutes tailles. Nous déambulons dans ce labyrinthe, d’abord en suivant le guide, puis un peu au hasard, et la plupart du temps en cherchant à dénicher le moindre temple gratuit. Avec Marie, nous nous perdons à plusieurs reprises, elle peine à trouver la sortie d’un cimetière, tandis que je ne sais plus dans quelle annexe du sanctuaire je me trouve. Dans le quartier traditionnel où oeuvrent les geishas, nous tentons d’en repérer quelques unes. Or, nous apprenons que certaines japonaises, tout comme elles le font avec les kimonos, se plaisent à se déguiser en geishas. Nous traquons donc démarche (pas évident de marcher avec les typiques sandales en bois sans avoir l’air d’un canard) et allure pour repérer les vraies des fausses. Le soir de notre arrivée, nous visitons Fushimi Inari Taisha, réputé pour ses milliers de portes rouges formant un chemin sur la colline où le temple est construit. Le spectacle est saisissant, surtout au crépuscule. Les portes créent des sortent de couloirs qui débouchent sur des petits « autels » et partout des statues de renards tenant dans leur gueule la clé du grenier. La divinité japonaise Kami Inari symbolise en effet la protection des céréales, et plus particulièrement du riz.

A Kyoto, nous faisons la connaissance de notre premier hôte japonais. Akio, une trentaine d’année, webdesigner, qui vit dans un adorable appartement avec sa femme et sa petite fille de six mois. A l’instar de ses pairs, il déborde de gentillesse et de bienveillance. Le lendemain de notre arrivée, nous partons tous les trois à vélo poursuivre notre tour des temples,  notamment le Kinkaku Ji, pavillon entièrement recouvert de feuilles d’or, et le Ryoan-Ji, célèbre de par son jardin, considéré comme l’un des chefs d’oeuvre de la culture zen japonaise.  Juste quinze pierres sur des petits galets (pas même de petit râteau à proximité pour faire des dessins, c’est scandaleux!) et pourtant une atmosphère particulière s’en dégage. Marie en sortira stone une bonne partie de la journée. Il est très agréable de se promener à vélo dans Kyoto, malgré nos craintes initiales sur ce que le sens de la circulation inversé pourrait nous faire commettre comme bourdes fatales.  Comme il y en a énormément, le cycliste a ici un statut privilégié, il peut même à sa guise rouler sur les trottoirs et zigzaguer à toute vitesse entre les piétons, sans que cela n’offusque personne.

Après un dernier jour à Kyoto à visiter la Bambouseraie, nous arrivons à Nara, ancienne capitale du Japon, haut lieu de culte, tout comme Kyoto. Nara comporte la même densité en temples mais sur un territoire beaucoup plus réduit. L’essentiel est concentré dans un grand parc où gambadent à leur guise des daims « sacrés ». Enfin surtout sacrément apprivoisés et affamés. Ayant attiré l’un d’eux alors que je n’avais rien de comestible à lui proposer, il se venge en commençant à dévorer mon Lonely Planet. S’en suit une lutte acharnée de quelques minutes, chacun tirant de son côté, lutte que j’ai finalement glorieusement remportée sans trop de dommages pour le guide (Mum doit certainement lire ça avec un regard horrifié).

Il y a à Nara l’un des temples en bois les plus grands du monde, abritant l’un des bouddhas les plus grands du monde. Nous étions sceptiques, connaissant la tendance du guide à abuser des superlatifs, quel que soit le pays. Et pourtant l’ensemble est réellement majestueux. Si ce n’est le plus grand du monde, c’est en tout cas le plus grand de la sorte jamais vu pendant ma courte vie :). A l’intérieur, des groupes d’écoliers se pressent et les flashs crépitent de tout bord. La légende veut que si l’on passe dans un trou de 50 cm creusé dans l’un des piliers du temple, cela garantit notre éveil à vie. Effrayées par la queue, nous n’avons pas tenté l’expérience, mais le réveil est quand même très facile aujourd’hui. Pour nos quelques jours nippons restants, direction Osaka pour un nouveau sanctuaire et la fête d’Halloween et enfin Kobe, pour le charme de son port et de son boeuf. Enfin ça c’est Marie qui nous le confirmera.

 

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du 20/10 au 25/10

20/09

Après 4h de sommeil bien mérités, le réveil sonne, la douche est froide, les sacs sont lourds, la pollution toujours aussi intense. Nous sommes dans le métro à 5h15, arrivons à l’embranchement pour la liaison avec l’aéroport, nous nous enregistrons et attendons le décollage qui s’annonce avoir presque 2h de retard. Nous sommes dans l’avion et dormons lorsqu’une charmante hôtesse arrive avec un plateau repas bien garni et une petite glace Häagen Dazs. Le voyage de 3 heures se déroule parfaitement bien. Nous arrivons à bon port et sommes salués de partout par des ‘conichouwa, aligato gozaïmas’ ainsi que des gentils sourires et des courbettes en tout genre. Nous arrivons au métro où Agathe, une copine de Justine, nous attend.

En route pour chez elle où nous déposons nos affaires. Agathe vit dans une Sakura, c’est à dire un petit hostel ou chacun à une petite chambre et où chacun partage la salle de bain et la cuisine.

Après un bon thé, Agathe part donner un cours de français et nous allons visiter le temple Senso-Ji dans le quartier d’Asakusa ou réside notre hôte. Arrivées au temple, nous remarquons que plusieurs alcôves comprennent plusieurs dizaines de tiroirs et que sur l’une des alcôves est situé un gros bocal en bois. Un Japonais secoue alors la boîte, en sort en mikado où il y a écrit un nombre, ouvre le tiroir et prend le papyrus de « chance ». Pas de chance pour lui ce n’est pas la bonne fortune qui lui est promise. Intriguée, je décide de donner 100 Yen et de tenter ma chance. Après avoir chercher plusieurs minutes le numéro correspondant au gros mikado sorti de la boîte (écrit en japonais), mon papyrus révèle « half fortune ». Ce n’est pas si pire …

Justine n’est pas joueuse, le destin lui fait peur.

Nous nous baladons et rejoignons Agathe qui nous emmène dans un restaurant typique Japonais, un Onikiri où nous partageons du poulet frit, des haricots, des brochettes de riz au fromage fondu, des feuilles de céleri et ce qui ressemble à un camembert pané. Une bande d’anglais déguisé tout en Halloween vient nous rejoindre et, à la fin de la soirée, Agathe vomit juste à côté de l’un d’entre eux. Elle n’en revient pas et ne pense pas à se laver alors que sa main est remplie de vomi et qu’il y’en a dans ses cheveux. Un des anglais ne se démotive pas et insiste pour qu’elle lui laisse son facebook sur son bras. Peut-être le début d’une belle histoire ?

Nous rentrons et je retrouve Morphée quelques secondes après m’être allongée. C’est parti pour une bonne nuit de sommeil.

Mardi 21/10

Nous nous baladons dans les magasins et apercevons de tout et du n’importe quoi. Les Japonais sont fan de gadgets en tout genre, la plupart totalement inutiles au quotidien. La plupart des restaurants possèdent des vitrines de plats en plastique, il y a tout un business derrière et c’est surement à celui qui aura la plus belle vitrine de bouffe plastifiée qui aura le plus de clients.

Cela nous ouvre l’appétit et nous déjeunons dans un restaurant de sushi où saumon, anguille, thon et crabe font le bonheur de Justine et d’Agathe. Pour ma part, Sushi & Me, it is toujours pas ça.

Justine et moi partons nous balader dans un parc à Ueno et, bien que mon insistance fût grande, Justine refuse de faire du pédalo canard (comprenez en forme de*).

Nous rejoignons Agathe et en route pour les buildings remplis de BDs mangas à caractère sexuels pédophiles. Beaucoup d’hommes dans les rayons, je veux m’en aller.

Nous allons dans un building rempli de poupées et statuettes en plastiques à des prix fous. Les Japonais sont vraiment décalés. Ils dépensent du fric pour jouer à ce qui correspond à notre pousse pièce et tenter de gagner des yakawatch (ce qui ressemble à une montre avec des pouvoirs que nous n’avons toujours pas compris). Ils veulent aussi gagner des figurines géantes de mangas. Ils peuvent passer leurs journée entières dans l’un des ces buildings pour jouer, jouer, jouer. Agathe nous ouvre la porte d’un Pachinko, horreur ! ça pue le tabac, le bruit est insupportable, les gens ont des boules quiès, leurs pupilles sont autant dilatées que celles d’Harry Goldfarb dans Requiem for a dream.

La cigarette au Japon. Bien qu’étant un pays très organisé et respectueux de ces concitoyens, je n’ai pas vraiment compris pourquoi nous pouvons fumer dans tous les bars et restaurants alors que cela ennuie les non-fumeurs, et même certains fumeurs dont moi, et que dans les rues il faille se poster devant des « smoking area ». Allô Japon ? Eclairez-moi !

Nous nous dirigeons ensuite vers l’appartement ou nous nous réchauffons et partons à 20 heures pour un karaoké de folie. Karaoké à 20 euros avec alcool illimité toute la nuit, dans une box avec une vue splendide sur Tokyo où l’on peut fumer et manger de la glace à volonté. A 4 heures, épuisée, je finis par m’endormir pendant qu’Agathe et Justine continuent de tout donner sans que je n’entende rien. Trente minutes plus tard, nous rentrons et à nouveau je m’endors instantanément.

Mercredi 22/10

Agathe, levée bien tôt, part suivre ses cours de Japonais aux alentours de 9 heures. Justine et moi sommes prêtes vers 14h, en route pour Shibuya, quartier shopphing de Tokyo, quartier hype. Il pleut à verse, ce n’est pas très agréable de se balader avec ce temps. Nous faisons halte dans un petit restaurant ou les nouilles et le riz bien chaud nous réconforte. Puis, nous décidons de nous diriger vers le parc voir les temples, manque de pot, il est fermé suite à l’annonce concernant la dengue.

Nous revenons à l’appartement, nous réchauffons et repartons manger des grosses omelettes délicieuses, préparées sur notre table chauffante. C’est un régal mais nous ne faisons pas long feu, la courte nuit de la veille appelant un grand sommeil.

Jeudi 23/10

Justine part se balader dans les temples de la ville pendant que je m’enquête d’une mission à l’Apple Store, que je trouve avec quelques difficultés à l’autre bout de la ville. Une fois mon problème résolu et de longues minutes d’hésitation, je décide d’acheter l’ Iphone 6, bien moins cher qu’en France (et pourquoi pas rejoindre l’idée d’Elsa et Romain pour ouvrir un commerce). Ils sont en rupture de stock. J’économiserai, restons sur le point positif bien que je me faisais une joie de repartir avec un nouveau gadget. Je craque pour un cheesburger chez Mac Do qui me coûte l’équivalent de 6€, Donald : il faut qu’on parle.

Je pars me balader dans le quartier d’Agathe puis, sous une pluie battante, je reviens à l’appartement ou je fais du tri sur mes photos et attends Justine pour planifier le reste de notre séjour. Nous retrouvons Agathe au Don Quichote, lieu de prédilection où les patates douces chaudes sont bonheur, délice, amour, affection, réconfort, à ses yeux. Cette fois nous dinons dans un fast food Japonais, Les Tempura sont à l’honneur. Les filles se régalent de toutes sortes de fruit de mer frits et moi je me régale des mes légumes frits. C’est très très bon, et sûrement très gras. Nous nous couchons tôt car demain, une grande journée nous attend.

24/10

Levées à 6h, nous nous mettons en route pour Nikko qui est une ville classée au Patrimoine de L’Unesco, à 2h de Tokyo.

A la gare, il y’a foule, nous avons pris le premier train et il semblerait que nous ne soyons pas les seules à avoir eu cette idée.

Béates devant le plan de la ville, sortant boussole, guide & compagnie, un japonais d’une soixantaine d’année arrive à notre rescousse et nous propose de nous guider jusqu’au monastère.

C’est donc en sa charmante compagnie que nous arrivons devant un paysage magnifique où se dressent forêt de cèdres, de pins recouvrant temples et sanctuaires.

Ancien centre Japonais du bouddhisme, nous découvrons la représentation du culte à travers la représentation d’un singe : Je ne vois pas le mal, je n’entends pas le mal, je ne dis pas le mal.

Je ne sais pas si je serais capable de suivre cette pensée. Mais je ferais un effort pour essayer.

Nous découvrons ensuite le chat le plus célèbre du japon, statuette perchée devant une porte shintoïste. Le lonely s’enflamme encore quant à la description : Le chat célèbre dans tous le pays pour sa ressemblance saisissante avec un vrai chat. Regardez les photos plus bas, et admirez. MIAOUUUU. Vous y avez cru hein ?!

De retour à la gare, nous montons dans le trainin-extremis et nous mettons en route pour Tokyo. A mi-chemin, le train s’arrête, somnolant et bien au chaud nous regardons les passagers descendre et attendons qu’il reparte. Mais il ne repart pas. C’est alors qu’un officier de gare traverse toute la gare, monte sur un pont pour venir rejoindre notre quai et nous indique qu’il faut qu’on change de train et attende sur le quai d’en face. Nous agissons ainsi et l’officier repart. Quelques minutes après, l’officier refait ce même chemin en courant pour nous indiquer qu’il s’est trompé dans l’heure et que le train ne sera pas dans 10 minutes mais dans 20 minutes. Nous rentrons donc à Tokyo saines et sauves. Agathe nous donne 40 minutes pour nous laver, nous sécher, nous maquiller et nous habiller car ce soir, c’est vendredi soir et nous sortons dans le quartier bien animé de Golden Gai. Il est 21h30 lorsque nous partons, timing respecté à 10 minutes près. Les bars de Tokyo sont minuscules. Nous sommes assises autour du bar, car c’est que là qu’il y a de l’espace, c’est enfumé, car nous pouvons fumer à l’intérieur mais pas à l’extérieur, et le bar dans lequel elle nous amène est un bar métalleux, sombre et décoré de drôles d’objet. La description paraît austère mais nous avons passé un excellent moment, le barman très gentil était avide d’informations concernant le Hellfest ou il souhait se rendre cet été. Les derniers métros étant à minuit, il est temps de s’en aller. Dans le métro nos estomacs gargouillent et nous nous arrêtons à Ueno ou nous dînons à nouveau dans un Onikiri. Il est plus de 2 heures lorsque nous rentrons à l’appartement.

25/10

Nous nous levons à l’aube car ce matin nous avons décidé d’aller voir l’entrainement des Sumos. A 7h30 nous sommes parties et à 8h nous sommes devant une porte fermée. Les sumo ne s’entraineraient-ils pas le samedi ? Hé bien non. C’est donc avec déception et sommeil que j’accepte cette nouvelle. Justine, toujours en pleine forme même avec de l’alcool dans le sang et de la fatigue accumulée, décide d’aller au marché du poisson. Je ne peux pas ne pas la suivre et aller me recoucher, un peu d’honneur à ma jeunesse tout de même. L’entrepôt est réellement extraordinaire, tellement grand, propre et plein de poissons différents, que je dis à Justine : « je suis ravie d’être là, je n’ai jamais rien vu de marché aussi immense » et c’est avec délicatesse qu’elle me répond : « Marie, c’est le plus grand du monde ». Bien ! Check sur ma liste ! Nous découvrons des restaurants de sushis aux tarifs extravagants aux alentours jusqu’à ce que notre regard s’arrête sur un marchand d’omelette où la fascination des japonais ressemble à celle des français lorsqu’ils voient du fromage après 3 mois. Nous, français, n’irions pas jusqu’à nous prendre en photo avec, et bien eux-çi. L’intrigue est elle que nous patientons 20 minutes dans la queue pour goûter ce qui ressemble à une omelette et ce qui révèle bien être une omelette et donc ce qui n’a rien d’exceptionnel. Les sushis ont donné envie à Justine et nous voici reparties pour Ueno. Après un déjeuner copieux pour elle, moins pour moi, je rentre à l’appartement préparer ma valise et me reposer. Finalement je ne préparerais que ma valise car prise d’une longue conversation téléphonique, je ne pourrais pas fermer l’œil. Enfin nous nous mettons en route pour la gare. La fatigue est à son comble, quand dans le bus, le chauffeur se met à parler pendant plus de 15 minutes en japonais. Mais qu’est-ce qu’ils racontent tous lorsqu’ils parlent ? Bienvenue à bord, merci de votre présence, nous allons à Kyoto et ferons des arrêts toutes les heures, si vous avez le moindre problème je suis à votre disposition ? Ca fait 1 minute. Et après ?

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Tokyo sous la pluie (mais avec le sourire)

Dans l’avion déjà nous avons un bon pressentiment: les hôtesses de la JAL sourient beaucoup trop par rapport au plaisir qu’elles peuvent raisonnablement prendre en distribuant des écouteurs. Confirmation à l’arrivée quand le moindre employé de l’aéroport fait des courbettes et révérences à notre passage. Les japonais seraient-ils donc tous incroyablement souriants et bienveillants?

Le long trajet jusqu’au centre ville (plus d’1h30) se passe sans encombre, bien que le nombre de lignes et compagnies de train possibles soit impressionnant et les indications aux couleurs criardes sur les panneaux de signalisation perturbantes..

Je retrouve Agathe avec joie, près de 8 mois après qu’elle ait quitté la France. Elle est ici comme un poisson dans l’eau. Petite, mince, avec un gout prononcé pour les aliments à la texture étrange et un côté exubérant, elle se fond à merveille dans la population tokyoïte. En soirée, elle nous raconte son quotidien, attablée devant des fèves de soja, des boulettes de pâte de riz et du faux camembert fondu.

Le lendemain, nous partons toutes les trois à l’assaut des différents quartiers de Tokyo, notamment le quartier geek. A chaque coin de rue, il y a des « pachinko », sortes de salle de jeux très enfumées, dont le niveau de décibels pourrait rendre sourd quiconque en quelques minutes. Nous contemplons un couple de jeunes japonais vider leur tirelire dans une machine qui donne beaucoup de Kit Kat et de rares montres parlant comme des fantômes (?!?). Quelques mètres plus loin, plusieurs quinquagénaires font la queue, toujours pour essayer de gagner les mêmes montres parlantes. Agathe, lorsque son niveau de japonais le lui permettra, s’est jurée d’enquêter sur cette espèce bizarre, et je pense que les résultats seront éclairants. Lors de notre seconde soirée, nous faisons l’expérience du karaoké, sortie très populaire pour jeunes et moins jeunes. Pour la modique somme de 25 euros, on peut louer un box toute la nuit et avoir des boissons et de la glace à la vanille à volonté. Agathe nous en a parlé deux minutes après notre arrivée la veille, c’est dire si elle trépigne d’impatience. Effectivement, en sortant de là, à quatre heures du matin sans avoir vu le temps passer, pas complètement ivres mais continuant à fredonner dans la rue, nous sommes décidées à exporter ce modèle en France, en remplaçant la glace à la vanille par des pistaches.

Les japonais sont souriants mais ils sont un peu trop accros aux gadgets. Ici il nous faut oublier la question « à quoi ça sert ça? » car la réponse est presque toujours la même: « à rien pardi ». Quand on se rend aux toilettes publiques, on peut appuyer sur un bouton pour avoir en fond sonore l’imitation du bruit d’une chasse d’eau et on peut également prendre l’option bidet (avec la jolie icône illustratrice qui va avec). J’ai testé les deux; le premier m’a fait bien rire, le second m’a fait ressortir trempée des pieds jusqu’à la taille.

De manière générale, il y a dans la ville une flopée de magasins de mangas et de jeux en tous genres. Certaines figurines coutent plusieurs centaines d’euros, peut être à cause du sabre que certaines tiennent dans les mains ou parce que d’autres sont des robots?

Il y a également pas mal de temples, depuis les minuscules du quartier de Yanaka jusqu’au majestueux Senso Ji. Les japonais jettent de nombreuses pièces avant de faire leur prière et sont également friands des « mikuji », petits papiers qu’ils tirent au hasard après avoir secoué des baguettes en bois dans une boite, et qui indiquent leur bonne ou mauvaise fortune. Les bons sont accrochés sur des fils créés à cet effet, les malheureux mauvais finiront brulés pour enrayer le mauvais sort.

Si les premiers jours ont été consacrés au Japon moderne et urbain, nous partons dès demain à la découverte de villes plus traditionnelles et lieux de cultes historiques: Nikko puis Kyoto et Nara.

 

 

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Du 13/10 au 19/10

Lundi 13/10

Après une bonne nuit et une bonne douche la veille, Justine part pour l’ambassade de Chine à 7h45 avec Menno (hollandais rencontré pendant le trip).

Je pars une heure plus tard avec Sietse (hollandais copain de Menno) modifier les faux billets d’avion. Les billets que nous avons sont des billets qui indiquent que notre vol part à 11H50 ce lundi 13 octobre. Alors ça ne va pas.

Une fois les billets modifiés et une petite frayeur car à 9h l’Air Market n’était toujours pas ouvert, je possède les nouveaux billets. Sietse possède les siens aussi.

Message de Menno: « Hurry up, a lot of people in the queue ».

Nous passons la seconde et prenons un taxi qui ne manque pas d’augmenter le compteur dès que notre regard s’en détourne.

L’ambassade ouvrait à 9h30, Menno et Justine ont attendu à -11° pendant près d’1h30.

Ils étaient en pole position jusqu’à ce qu’un étranger leur passe devant sous prétexte qu’il a un bébé de d’1 an et fait également profiter d’autres inconnus de sa délicatesse.

Ne pouvait-il pas arriver plus tôt et faire venir son enfant à 9h30 ? Non, c’est un français.

 

Notre dossier est ultra complet et ultra faux :

–       fausses réservations d’hôtels

–       fausses lettres d’invitations

–       faux billets d’avion

Seuls les formulaires nécessaires remplis sont vrais, presque. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans mon cerveau lorsque j’ai écrit que la profession du père de Justine était un bank account (comprenez compte bancaire) et que dans notre programme nous allions voir la Chinese World Wall (muraille de monde de Chine).

Après quelques discussions mouvementées avec l’unique guichetière de l’ambassade : pourquoi une double entrée ? je ne comprends pas pourquoi vous ne passez pas un mois en Chine et pourquoi vous n’allez pas au Japon après ? Vos tickets d’avions ne sont que des réservations !

Nous répondrons à l’unisson avec des intonations différentes. Justine prend sa voix qui te met au pied du mur et j’essaye de rester plus mielleuse tout en gardant un brin de sérénité.

Grâce à nos fourberies, nous obtiendrons nos visas dans la journée en continuant sans oublier d’exploser notre budget.

Les hollandais n’auront malheureusement pas la même chance que nous, les relations politiques entre les deux pays étant compliquées. Dommage pour eux, ma compassion est grande mais mon enthousiasme personnel la surpasse.

Nous récupérons les Visa à 16h, après avoir acheter nos billets de train, déjeuner et tout packeter et à 19h partons pour la gare.

Nous saluons avec émotions nos compatriotes du désert, nous sommes les premiers à partir.

Pendant une pause cigarette avec les amis de Justine – Romain et Elsa nous ayant rejoint lundi d’avant – nous faisons notre chorégraphie et un Mongole ébahit par nos pas d’une difficulté extrême ainsi que de notre rythme dans la peau, nous apprend quelque pas. De nouveau dans le hall, nous apercevons Justine a 100% dans les mots fléchés. Nous ne pouvons plus la laisser seule plus d’une seconde, vous lisez bien une seconde, sans qu’elle ne se jette sur sa nouvelle lubie.

Le Mongole vient à notre rencontre et chante en cœur Sara perque ti amo, nous répétons notre choré dans la gare ou des centaines d’yeux bridés se posent sur nous. Nous apercevons une jeune fille croisée plus tôt à l’ambassade et lui demandons de nous filmer. Dacha est Ukrainienne et vit à Beijing où elle enseigne l’anglais aux petits enfants.

Nous arrivons dans le train à compartiment de 4, plus cosy que le transsibérien mais légèrement plus oppressant à mon sens, d’autant que nous sommes répartis par groupe de deux et Justine et moi avons les lits du haut.

Justine les fera déplacer avec sa voix déterminante et qui vous dit « de toute façon j’ai décidé comme ça, donc vous bougerez » ce quia l’art d’être convaincant. Une fois réunis à 4 dans la cabine, l’excitation nous envahit ! Nous mangeons des pringles et jouons à la contrée où Romain et moi sommes imbattables et les filles prennent leur pâté pour la énième fois.

 

Mardi 14/10

Arrivée à la frontière et après le contrôle des valises, la confiscation du riz et du concombre ainsi que mes questionnements envers la sécurité à ce sujet, nous retrouvons l’ukrainienne et allons déjeuner dans notre premier restau chinois.

Heureusement qu’elle est là pour nous faire la traduction, tout est écrit en chinois (normal ?) et personne ne parle anglais. Je prends un boeuf curry et … c’est de la tuerie.

Les toilettes sont des toilettes turques, ainsi soit-il, ça nous changera des planches en bois en plein air.

 

Nous découvrons le bus pour Pékin qui se compose de couchettes sur deux niveaux et trois rangées de 10 couchages. Bien que je ne sois pas over large (papa si tu lis cette article, sache que je me surveille de près) j’ai du mal a rentrer en entier dans la couchette. Nous sommes en haut et je n’ai pas la possibilité de m’asseoir. La longueur est correcte. En route pour 12h !

 

Mercredi 15/10

Nous arrivons aux alentours de 2h du matin à Pékin et dormons jusqu’à 7h dans le bus, jusqu’à ce que le chauffeur nous éjecte finalement.

Nous tentons de discuter avec plusieurs chinois pour qu’ils nous indiquent le métro, ce qu’ils ne comprennent pas et ce qui me vaudra une splendide imitation du métro.

Une dame nous prend finalement sous son aile, ne parlant que chinois et nous criant dessus, nous arrivons au métro.

Le métro chinois à l’heure de pointe est un spectacle, ou un match de rugby. Toutes les rames sont sécurisées par des vitres bien qu’ils soient conduits par des humains. Nous devons faire contrôler nos bagages, et essayons de rentrer dans un wagon. A la 4ème tentative, Justine et Romain y parviennent. Elsa et moi en laisserons passer deux avant qu’Elsa se transforme en Hulk, fonce avec détermination et m’attrape par les lanières de mon sac avec force pour me faire rentrer dans la rame.

Nous retrouvons Lisa, une amie Marseillaise de Justine, Elsa et Romain. Lisa vit à Singapour et est venue pour une petite semaine. Nous déjeunons un bon petit déjeuner américain et deux heures après nous mettons en route avec nos gros sacs pour la muraille.

Nous prenons un premier bus, puis un taxi nous déposant au milieu d’une petite ville typique, toute grise mais jolie, nous sommes perdus et par chance trouvons un centre d’information qui appelle l’hôtel repéré sur un vieux blog. Un chauffeur nous récupère 30 minutes plus tard et nous amène en haut des montagnes sur une jolie maison et une magnifique vue face à la muraille. Nous allons nous balader, dînons en compagnie de 4 autres français étudiants à Shangaï et d’une famille composé de deux parents et d’un jeune homme travaillant dans l’automobile près de Shangaï.

Une classe anglo/chinoise d’une trentaine d’enfant est également présente.

Les plats sont délicieux, nous nous régalons et profitons du feu organisé par les animateurs accompagnants des enfants pour y faire grillé des marshmallow qu’ils nous distribuent gracieusement. Nous retombons en enfance et sommes tous très enjoués. Nous commandons du Pugia ( ?). Alcool à base de maïs, à 47°, j’adore et bois bien la moitié de la bouteille.

La jeune fille de la famille, ayant un enfant en bas âge qui se promène avec un pyjama troué au niveau des fesses pour la praticité lors des besoins, nous dirige vers nos chambres. Nous finissons la soirée par jouer aux cartes, écouter de la musique à plein tube et boire un nombre de bière incalculable.

 

Jeudi 16/10

Le réveil à 5h est légèrement difficile, nous nous mettons en route pour le levé de soleil sur la muraille. Les couleurs sont splendides, je suis toute émue et émerveillée.

Nous partons déjeuner une soupe de nouilles, du pain et de la confiture accompagnée de thé qui se compose d’eau chaude et de brindilles.

En route pour une randonnée de 3 heures sur la muraille. La muraille s’étend à perte de vue sur la crête d’une chaîne de montagne entourée par une végétation affolante. C’est une balade fantastique qui n’est que trop rapide. La prochaine fois je parcourrais les 7000km.

Le chauffeur nous accompagne à une station de bus. Le bus n’est pas équipé de climatisation et pendant près d’1 heure 30, nous étouffons. Même Justine de nouveau jetée sur les mots fléchés finit par s’endormir pour oublier la chaleur.

Nous découvrons notre hôtel à Beijing, Sanlitun, et après une bonne douche enlevant notre crasse de 4 jours, nous dînons dans un restau typique chinois ou la nourriture délecte notre palais : riz cantonais, tomates mélangées à des œufs, aubergines semi-grillées, boulettes de viande, bœuf frit, patates très épicées, etc. Nous découvrons également les toilettes communes. Turques et communes, sans séparation. Un bon moyen pour faire connaissance.

Une bonne nuit de sommeil nous attend.

 

Vendredi 17/10

En route pour la cité interdite. Nous décidons d’y aller à pied et estimons le trajet à 45 minutes, nous mettons près de deux heures sans nous arrêter et sans voir quoi que ce soit de palpitant à part peut-être ces deux vendeurs agitant une tortue vivante le long de la route, la faisant tomber et la rattrapant comme tu rattraperais une vulgaire pierre pour la jeter après. Je crois qu’au moment où la tortue était par terre, une tortue n’a jamais essayé de s’échapper aussi vite, c’est une vision cauchemardesque.

Nous nous baladons dans la cité interdite envahie de monde, cité qui ne nous éblouie pas plus que ça. Nous grimpons finalement en haut d’une colline à la sortie et pouvons admirer la cité en entière ainsi que l’immense cumulus de pollution.

Nous allons nous balader du côté du quartier des Hutong, petites rues chinoises, proches de grands lacs dans le centre de Pékin, très calmes. Je crois que c’est un coup de cœur pour tout le monde.

Nous rentrons à l’hôtel, dînons en compagnie de nos collègues de chambre (français et italien), dans soit disant le meilleur restaurant de canard laqué de Pékin. C’est un échec. Cher pour pas grand chose.

Nous rentrons déçus et le ventre un peu creux.

Une soirée de folie s’enchaîne, les résidents de l’auberge sont en feu, nous allons en boîte de nuit, qui selon Dacha, était gratuite pour les étrangers (et l’entrée et les boissons, ce qui est également un échec). Nous finissons par trouver une boîte de nuit super sympa où nous faisons des concours de pôle dance par équipe pour savoir qui restera le plus longtemps sur le podium sans se faire éjecter par le videur. Romain, Justine et moi sommes victorieux. La team gagnante J

Nous rentrons épuisés et dormons jusqu’au petit matin.

 

Samedi 18/10

Levé difficile, je me repose pendant que le reste de la team s’en va visiter des temples et des marchés.

Johann le français vient prendre le thé et l’italien Francesco nous rejoint. Nous allons nous faire masser les pieds et rentrons bien tard puisqu’à 6h, nous ne sommes toujours pas couché et qu’il faut aller voir Mao à 7h du matin. Je n’ai pas dîner ou déjeuner mais après une bonne douche pour se remotiver, nous partons tous les 3 directement pour se retrouver dans une foule de marathonistes masques anti-pollution sur le visage. (Le saviez-vous ? Le marathon a été créé à l’occasion des Jeux olympiques d’Athènes de 1896, sur une idée du philosophe français Michel Bréal, pour commémorer la légende du messager grec Philippidès, qui aurait parcouru la distance de Marathon à Athènes pour annoncer la victoire contre les Perses en 490 av. J.-C.)

Finalement nous ne verrons pas Mao car les sportifs occupent l’entrée. Nous rentrons donc bredouille, fatigués à l’extrême. Je prends le temps de prendre un PDJ et sur les coups de 9h, je pars me coucher en retrouvant mon lit avec impatience. Manque de pot, des travaux ont lieux dans la chambre à côté, collé à mon oreille. C’est donc avec grand désespoir que je colmate tant bien que mal haïssant les chinois travaillant à 9h du matin le dimanche.

 

Dimanche 19/10

Le bruit incessant aura raison de moi et je finirais par me lever vers 14h, dans un sal état, pour partir me balader à travers le temple du ciel avec Johann le français. Je retrouve avec étonnement et joie devant l’entrée 3 des hollandais (Charlotte, Sieste et Charlotte) qui ont fait le trip dans le désert avec nous, nous arpentons l’immense parc pour se rendre compte que le temple est fermé. Nous avons tout de même un magnifique aperçu et Johann et moi continuons notre balade au marché de nuit où nous apercevons des serpents, des araignées, des larves et autres insectes ragoûtants en tout genre.

Cette visite nous ouvre l’appétit et pour terminer mon séjour pékinois en beauté, nous décidons d’aller manger à la Taverne. La Taverne est un restaurant Français ou je me délecte de côtes d’agneau ainsi que d’un gratin dauphinois, de pain et de fromage et même d’un peu de vin rouge.

Revenus à l’auberge, c’est l’heure du dernier verre avant le départ d’Elsa, Romaine et Lisa. C’est bien triste. Mais comme dirait l’autre ce n’est qu’un au revoir la lalala lala laaaa.

Nous nous couchons sur les coups de 00h30 pour une durée de 4h. Espérons qu’il n’y ait pas de travaux. Demain, en route pour le Japon !

 

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« I’ve been through the desert on a horse with no name »

Lundi matin, il n’est pas encore 5h quand le réveil sonne. Une excitation peu commune m’envahit depuis la veille: c’est aujourd’hui qu’arrivent Romain et Elsa! Qui aurait pensé un jour que j’irai les chercher à l’aéroport d’Ulaan Baatar?  Quelques cafés et fous rires plus tard, nous prenons la route pour le désert de Gobi.

Nous sommes une équipe internationale composée de trois hollandais, deux danois, un anglais et quatre français, deux chauffeurs, deux guides, et tout un tas de duvets dans deux vieux vans surchargés . A peine une demi-heure après avoir quitté Ulaan Baatar, nous disons au revoir à la route asphaltée et bienvenue aux chemins de terre, caillouteux et bossus à souhait, que nous ne quitterons dès lors plus pendant une semaine. Cela nous fait beaucoup rire pendant les premières heures, lorsque nous nous retrouvons propulsés sur les genoux de notre voisin, nous tapons la tête contre le plafond du van, ou poussons des cris improbables à chaque passage d’un creux un peu plus profond que les autres.

Le paysage autour de nous est désertique (on s’en doutait) et les couleurs extraordinaires. A la fin de la première journée, nous croisons nos premiers chameaux. Hystériques et voulant systématiquement les prendre en photo, nous faisons arrêter le van régulièrement, avant de comprendre qu’il y en a une famille tous les vingt mètres environ.

Nous passons notre première soirée et nuit entassés dans le salon d’une famille, elle même entassée dans sa minuscule cuisine pour l’occasion. La vodka aide à délier les langues, nous jouons aux cartes, faisons plein de contre sens et dialogues de sourds en anglais et Romain entreprend d’expliquer à Bagi, notre chauffeur, que le roquefort est bien meilleur que le gouda. Il y a plus facile pour tenir sa première conversation avec un mongol. Ceci-dit il s’en sort plutôt bien (ou Bagi feint assez bien l’intérêt et la compréhension, au choix).

Chaque jour qui passe, c’est un festival de couleurs et paysages différents: des mini grands canyons (ce qui donnerait donc des moyens canyons), des montagnes sculptées par le vent aux couleurs ocres, rouges et violettes, des vallées ayant des airs d’Ardèche (selon Elsa), des familles de pierre difformes et toujours beaucoup de steppe.

En milieu de semaine, point d’orgue du séjour, nous arrivons à la plus grande dune de sable du pays. Et là, nous nous sentons soudain  propulsés ailleurs et dans un autre temps: partout autour de nous du sable et quelques oasis.  Il doit faire plus de 25 degrés et seuls les yourtes de notre famille d’accueil nous rappellent où l’on se trouve. Après notre baptême de chameau où Marie est menacée par les dents de celui qui la suit et Elsa hésite à descendre du sien à chaque pas ou bruit suspect (qui a dit que c’était bête et gentil un chameau?), nous commençons l’ascension de la dune pour aller voir le coucher du soleil. L’expérience est éprouvante, chaque pas est une lutte et au bout de quelques mètres nous avons déjà du sable jusque dans les oreilles et des crampes aux mollets. Mais le jeu en vaut la chandelle: une fois arrivés en haut, le spectacle est magique, une vue sur toute la dune de sable non foulé et les montagnes alentours. Comme des enfants, nous nous amusons à sauter dans le sable, et descendons, certains en roulant, d’autres en courant, avant de regagner notre yourte, avec des étoiles pleins les yeux.

Mais la journée idyllique n’est pas finie. Comme chaque soir, nous passons beaucoup de temps, une fois la nuit tombée, à contempler les ciels, toujours majestueux. Les étoiles nous paraissent être plus près de nous que jamais, les vœux fusent à la lueur de celles qui filent, la voie lactée est superbe. Interpellés par une ombre sur la lune alors que le ciel est sans nuages, nous réalisons, après quelques minutes de conversation pseudo astronomique aux fondements fragiles (« c’est possible que le soleil passe devant la lune? mais non sinon il ferait jour. Ah oui. Mais alors qui de la lune ou de la terre tourne autour de l’autre? Je m’en fiche je suis bélier moi« ), nous réalisons que nous sommes en train d’observer une éclipse lunaire. C’est tout simplement magique (n’ai- je pas répété ce mot une dizaine de fois?); nous restons là, imperturbables, malgré le froid revenu et le manque de sommeil accumulé.

Sept jours plus tard, de retour dans la capitale, la douche n’est pas si appréciée que prévu et le tumulte de la rue déstabilisant. Notre esprit est certainement encore en train de flotter au dessus des dunes et des chameaux.

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Bienvenue en Mongolie

Une dernière bise a la énième statue de Lenine, quelques heures dans un bus dont quatre à poireauter a la frontière et nous voilà en Mongolie. Rapidement, la steppe monopolise l’espace; il est peu commun de traverser un paysage aussi desertique sur une longue duree. Parfois une yourte, une demi heure plus tard une maison en bois; .Mais le plus souvent, pas une ame. La capitale, Ulan Baatar, compte 1,5 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population nationale. C’est une ville étrange, pas vraiment moche mais affreusement polluée, et à la diversité architecturale extrème. Elle mélange le style soviétique aux buildings très modernes, prend parfois des allures de ville russe ou de station de ski avec ses montagnes souvent enneigées et ses barres d’immeubles peu esthétiques. Sur la place principale, on peut louer des voitures à pédales pour enfants ou des tandems. Les longues jambes de Marie étant réticentes pour tester la première option, nous optons pour la seconde et partons souriantes sur notre bolide vert et jaune, zigzagant entre mongols et statues. Outre quantité de vestiges de la période socialiste (immeubles grisatres et imposants), on trouve dans la ville beaucoup de temples bouddhistes. Si on arrive à comprendre les horaires d’ouverture et de cérémonies (ce sur quoi nous avons lamentablement échoué jusqu’à présent), on peut observer les moines prier. Coincée géographiquement entre la Russie et la Chine, la Mongolie semble à plusieurs niveaux etre sous l’influence de ses deux monstres de voisins. A quelques caractères cyrilliques près, l’alphabet mongol est le meme que le russe. Chouette pensais-je à mon arrivée, je vais pouvoir mettre à profit mes maigres connaissances difficilement acquises au cours de ce premier mois de voyage. Point du tout, la langue n’a rien à voir. Ici, on voue un culte à la lettre « a »; on la double, on la triple, bien que ca ne rapporte pas beaucoup de points au scrabble. La quasi totalité des prénoms, masculins ou féminins en comporte au moins une. Le mot merci en a six pour lui tout seul. En théorie, ca donne quelque chose d’imprononcable pour nos palais francais. En pratique, on s’en tire généralement plus ou moins bien avec un « blaaaaaa », et on fait sourire nos interlocuteurs, á défaut d’obtenir leur admiration. Pour notre première escapade rurale, nous avons choisi le parc naturel Gorki-Terelj, à quelques dizaines de kilomètres d’UB (appelez la capitale par ses initiales et vous passerez- peut etre- pour un local). L’occasion pour moi de faire l’expérience de la yourte et la difficile épreuve, pour mon hyperactivisme, d’apprendre à ne rien faire de ses journées. Les yourtes de notre famille sont plutot tout confort: à l’intérieur de vrais lits, une cuisine équipée avec congélateur et meme une antenne pour que les hommes puissent regarder les clips sur MTV, pendant que les femmes épluchent des pommes de terre. Petite aparté à ce sujet. Ma tentative de conscientisation sur les inégalités de genre a été tuée dans l’oeuf lorsque j’ai demandé à la maitresse de maison, après avoir proposé mes services pour aider à éplucher des légumes, pourquoi son mari nous regardait sans rien faire. Elle a explosé de rire, lui aussi, avant de hausser les épaules en disant « I’m the boss » (merci, c’est noté tu peux retourner devant ta TV)… La compréhension du modèle familial mongol s’avère aussi difficile que la correcte prononciation du mot merci. Il y a dans notre famille d’accueil, un petit noyau dur de trois femmes, dont nous ignorons les liens de parenté et à chacune de nos entrées dans la cuisine, un homme différent. Il y a aussi une espèce rare: le petit garcon monstre.  Agé de deux ans, il a des couettes (ici tous les enfants en bas age ont des couettes, ce qui rend laborieuse l’identification de leur sexe pour un oeil non aguerri) et sa principale occupation consiste à nous lancer des cailloux ainsi qu’à martyriser les chats, en les jetant violemment ou en essayant de leur coincer la tete dans la porte. On a pensé un temps mettre une vidéo de ses méfaits sur youtube pour obtenir son incarcération puis on s’est résignées, craignant que les agents de la Cour Pénale Internationale ne refusent de faire le déplacement. Si au niveau dépaysement culturel, je suis comblée, au niveau culinaire, je souffre beaucoup. Ce sournois de mouton se cache dans tous les plats et les légumes semblent avoir fui le pays en réaction à la chute du régime socialiste (ou plus plausiblement parce qu’avec une température annuelle moyenne de -2 degrés, rien ne pousse ici). En attendant de partir à l’assaut du désert de Gobi avec du renfort marseillais (youpiiii), je mange donc du chou et des pommes de terre et essaie d’apprivoiser vaches, chevaux et mulots.   DSCN4582 DSCN4579 DSCN4570 DSCN4566 DSCN4564 DSCN4563 DSCN4558 DSCN4557 DSCN4554 DSCN4553 DSCN4553 DSCN4545 DSCN4537 DSCN4535 DSCN4533 DSCN4530 DSCN4526 DSCN4524

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Du 28/09 au 05/10

28/09

Justine ne parle plus qu’avec l’accent belge. Nous sommes toujours à Oulan Oude et partons à la recherche du black market acheter des gants en Yack et des chaussettes en chameau.

Je veux aller au musée des animaux empaillés et au cirque. Justine ne semble pas très réceptive.  Laissez-moi voir des animaux !

Nous évitons Spoutnik et allons dans un supermarché en périphérie d’Oulan Oude, où, à la caisse Justine se fait violemment bousculé, ce qui manque de faire tomber les radis à 0,5 centimes d’euros que nous avons trouvé. Ils étaient très forts et pas très bons, mais nous serions surement rentré dans notre budget si nous les avions découvert avant.

 

Après un dîner de pâtes, nous rejoignons Xavière & Julie et nous dirigeons vers le seul pub d’Oulan Oude ouvert le dimanche, un Irish Pub. Merci aux Irlandais d’avoir envahit le monde avec ces pubs.

 

Nous buvons de la vodka, tentons tout au moins car le goût ressemble à celui de la mauvaise vodka française et donc du canard WC.

 

29/09

 

Levé très tôt, en route pour la Mongolie !

A peine montée dans le bus, Justine se fait éblouir par un tigre en plastique clignotant d’un vendeur Oulan-Oudanais.

 

Nous passons la frontière, descendons nos sacs, remontons nos sacs, redescendons nos sacs et enfin remontons dans le car pour nous arrêter à nouveau deux minutes plus tard déjeuner.

La sécurité mongole fait renifler aux chiens certaines substances pour déceler la drogue dans les bagages des passagers.

 

Nous traversons la vallée Mongole pendant plus de 4h (dans la vallée OoooHHHooo), nous y découvrons de la step, de la step et seulement de la step.

 

Arrivées à Oulan Bator, une dame attend François (aka Catogan pour les intimes). François rencontré plus tôt dans l’aventure Russe est un gentil français très timide. Nous avons perdu 1h, nous avons maintenant seulement 6h de plus que la France. Il est 21h30, heure mongole lorsque nous arrivons. Il fait froid et il fait nuit. Cette dame nous propose de la suivre et de nous emmener dans la même auberge que François. Le centre ville est très loin à pied.

Nous acceptons et découvrons une auberge allemande et anglaise. Je veux des françaiiiiiis ?

 

30/09

Nous allons nous balader dans la ville et avons du mal à respirer. Oulan Bator est une ville très très très polluée. Le ciel est vraiment tout gris.

Tout est fermé le mardi.  (Les bureaux  d’excursions, les musées, tout). Nous décidons de nous réconforter en faisant le tour de la place principale en Tandem.

Nous rentrons prendre un goûter et en route pour le temple Gandantegchinlin. Sur le chemin (mauvais chemin) nous rencontrons Siroko (ou Soriko je ne sais plus), qui en plus de nous remettre sur le droit chemin, nous conduit au temple. Ce Mongol tout excité de 50 ans, qui ne parle pas un mot d’anglais mais qui maîtrise très bien l’allemand, comme beaucoup de Mongoles, nous guide à travers Oulan Bator. Je n’aurais jamais cru parler allemand avec un Mongole en Mongolie un jour. Il est fasciné par les yeux de Justine.  Le temple est fermé, évidemment. Les Mongoles adorent les pigeons. Est-ce que Paris pourrait penser à délocaliser les siens ? Je suis pour leur extermination mais autant rendre des gens heureux.

Nous rentrons à l’hôtel ou François nous apprend que l’ambassade de Chine sera fermée pendant une semaine car ce sont les congés annuels chinois.

Nous sommes au MAX.

Nous aurons donc une journée pour faire faire nos visas et les récupérer et payer beaucoup plus cher. Ils sont chiants.

Nous dînons et nous nous regardons la luette.

 

01/10

Nous fêtons nos 4 semaines.

Nous partons pour le palais d’hiver avec Marion, une suisse allemande qui voyage seule pendant deux mois. (Nous l’avions aperçue à l’auberge d’Oulan Ude).

Le palais d’hiver est fermé ! Nous sommes super chanceuses.

La responsable de notre guest house, Dotchma, nous a conseillé d’aller au Sud voir une statue de Buddha, ce que nous faisons et marchons haut pour avoir une vue sur Pollution City.

Au dessus de nos têtes le ciel et bleu et au dessus d’Oulan Bator le ciel est gris.

Nous marchons le long du périphérique car nous aimons respirer les pots d’échappements en plus de la pollution. En route pour le black market d’Oulan Bator. Il y a de tout et c’est immense.

RDV au tout petit musée d’histoire de la Mongolie qui est très intéressant et qui retient l’attention de Justine pendant plus d’1h30.

Nous préparons à manger et jouons aux cartes avec un anglais de Porthmouth, Lawrence et un danois d’une ville danoise répondant au nom de Lars.

Nous réussissons à acheter des bières le 1er octobre alors que tous les premiers de chaque moi, la vente d’alcool est interdite. Ha le sourire des françaises ! 😉

 

02/10

En route pour le parc national de Terelj situé à 70km environ de la capitale. Enfin de l’air pur et du ciel bleu. Des montagnes, du froid et des araignées.

Arrivée dans la yourte mongole ou nos hôtes nous ont préparé du lait au thé, nous croisons Aymeric Marie et Sarah (la jolie petite famille que nous avions rencontré précédemment à Olkhon).

Nous partons en balade et eux repartent pour Ulan Bataar pour poursuivre leur route pour Beijing. Ils ont le temps de nous raconter qu’ils ont pu assisté à la castration d’un cheval (sans anesthésie et avec des moyens assez rudimentaires), ils pensaient assister à la naissance d’un poulain. C’est raté.

Nous grimpons en haut d’un monastère ou des panneaux bouddhistes aux écritures très intéressantes rythment notre marche.

Arrivées en haut, Justine se fait attaquer par un bourdon, il ne la laisse pas tranquille. Ca me fait rire, et Marion aussi.

Nous rentrons à pied par un chemin que Justine a décidé d’emprunter et découvrons le soleil caché par un petit nuage, ce qui laisse apparaître pleins de couleurs autour. C’est superbe.

Marion rentre et je suis Justine qui m’emmène dans une drôle de zone. Nous sommes obligé de traverser une grande zone marécageuse pour retrouver notre chemin, nos chaussures et chaussettes sont trempées.

Nous arrivons à la Turtle Rock (qui est une statue de pierre géante (faite par la nature). Nous allons à l’intérieur et découvrons plein de billets retenus par des pierres.

Un chameau trône sur une place, activité touristique, il est retenu par un bâton qui lui transperce le nez. Ca me fait mal au cœur. Je veux l’emmener avec moi mais Justine n’est pas d’accord.

Nous arrivons à la yourte et faisons connaissance avec Batuka, petit garçon de 2 ans qui martyrise le bébé chat.

J’en arrive à la conclusion que les Mongoliens torturent les animaux.

Il semble que nos hôtes ne connaissent que le chou, les pommes de terres, le mouton, les oignons et les carottes.  Nous dînons.

Il est 19h, nous n’avons plus rien à faire. Il fait nuit et froid.

Les toilettes (un trou dans le sol fermé par des plaques de bois, emplacement relativement éloigné de la yourte) sentent trop mauvais pour y aller. Comme dirait le poétique Sergueï (rencontré à Irkoustk) nous allons chasser l’ours, dehors.

Je n’ai pas de livre, nous avons acheté des cartes (de femmes nues) et passons notre soirée à jouer aux cartes à 3.

Babo, le fils de notre famille, vient mettre du charbon dans notre poêle pour chauffer notre yaourt. Si vous ne le saviez pas, le charbon chauffe énormément, je suis en chaleur. Marion aussi et se met en sous-vêtements. Justine va bien. A 22h, nous avons épuisé toutes nos ressources et dormons. Essayons de dormir. Il fait vraiment trop chaud.

A 2h du matin, par un bizarre hasard, nous nous réveillons toutes les 3 pour aller faire pipi, il fait super froid. Et dehors et dedans.

 

03/10

Joyeux Un Moiiiiiis !

Au réveil, nous avons toutes tous les muscles tout engourdis à cause du froid. Nous déjeunons du riz mélangé à du lait c’est assez mauvais. Il y a aussi des sortes de crêpes toutes dures, de la confiture et heureusement du thé. Nous sommes fascinées par ces femmes qui passent leur journée à cuisiner. Cuisiner du chou, des carottes, des patates, des oignons, et du mouton (peut-être parfois du bœuf).

A force elles ont le coup de main. Elles manient des couteaux, qui ressemblent à des petites haches, tellement bien. Justine épluche les patates et Marion et moi essayons de couper les immenses galettes en fines lamelles aussi bien que les femmes mongoles le faisaient. C’était un leurre. C’est super lourd ce gros couteau, nos fines tranches ressemblent à rien. Marion se fait une ampoule après 5 minutes.

J’ai mal à l’épaule.

Batuka, l’enfant Mongole continue de terroriser le petit chat. Il le prend pour une serviette et le jette contre le mur, il claque la porte sur lui, le met dans un sceau et le recouvre de cailloux. Il nous jette aussi des pierres et nous lance tout ce qu’il trouve sur son passage.

Sa famille ne réagit pas du tout, L’enfant est livré à lui même et peut donc torturer le chat jusqu’à ce que mort s’en suivre sans problème.

Marion et moi nous prenons pour des vraies Mongoles et tentons d’allumer le poêle. Après 30 minutes (seulement), nous y parvenons avec une grande fierté. Je m’endors avec cette chaleur et une heure après nous allons toutes les 3 faire du cheval.

Cheval Mongol = Très gros poney français.

Ils sont très mignons mais sont soit fatigués soit ne savent pas courir. On fait donc deux heures de marches, avec un peu de trot et deux entrées au galop de 15 secondes chacune malgré tous nos tchoooooo, tchouuuuu, tooooouuuu. Paroles magiques (ou pas) pour faire avancer les chevaux. J’essaye même d’imiter la voix de Babo qui nous accompagne sans succès aucun. Ça m’a tout de même donné un aperçu et j’ai trouvé ça génial d’aller vite sur un cheval.

Nos pieds sont frais en rentrant, j’essaye de réchauffer mes chaussettes sur le poêle mais je les brûle.

Après un dîner copieux de carottes, patates, viande, oignons, nous allons dans notre yourte, jouer aux cartes à 20h avant d’avoir trop chaud à cause du charbon. Et nous nous réveillons en ayant trop froid.

 

04/10/14

Justine décide de rester sale et ne rentre pas avec nous.

Marion et moi revenons à la pollution ou une douche froide nous attend.

Le soir nous organisons avec tout l’hostel un super dîner. Les garçons (allemands) ont joué à un jeu et le perdant a du boire un gros bol de lait de cheval fermenté (boisson typique Mongole). Nous sommes une quinzaine, tous un peu saoul.

Nous partons dans une boîte underground Mongole ou il n’y que des Mongoles. J’adore. J’adore tellement que je finis par vomir sur le bar et un peu derrière.

Nous rentrons très tard.

Marion se lève très tôt pour partir à Beijing. Je suis trop triste.

 

05/10/14

Nous ne faisons rien et avons mal à la tête.

Justine est revenue tout suintante et a du apprécier sa douche.