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Du 2/12 au 13/12: Fin du Vietnam

2/12

Après un premier bus, un bateau, un autre bus,

3 heures d’attente à Haïphong et 24 heures de bus jusqu’à Hué.

3/12

Nous montons les 4 étages de l’hôtel Phong Na pour découvrir notre chambre privée. Notre chambre contient 4 lits, chacun d’une bonne place et demie, nous avons une grande armoire, un grand miroir, deux fauteuils et une petite table, une télévision et même une baignoire ! Tout ça pour 6 euros la nuit à deux.

On va déjeuner au Liberty. Endroit branchouille selon le Lonely, vide lors de notre passage. Et puis on part rechercher un spa où après un petit peu de négociation on se fait faire un massage d’une heure et demi pour 8 euros chacune. C’était super propre et les masseuses très douées. Mais un peu imprévisibles : elle m’a mordu le gros doigt de pied. Ouai assez surprenant.

4/12

En route pour le Tour de Hué en bus avec plein d’autres touristes de partout. Nous retiendrons particulièrement deux géants allemands au physique ultra disgracieux s’appelant sans arrêt ‘mein schatz’ (mon trésor) et le guide. Les géants font peur, ils ne ressemblent à rien, ils sont mastocs et lui me regarde avec des yeux plus qu’insistants du haut de ses 2m10 et de ses 120 kg.Il me suis du regard et j’ai peur. Mais j’ai moins peur que Charlotte à qui le guide demande son adresse email et l’harcèle de message une fois le tour finit : « j’ai préparé une surprise pour toi ce soir, je te donne RDV à telle adresse, on va passer une super soirée je t’adore … » et sans qu’elle réponde il lui envoie 5 messages.

Sinon le tour c’était sous la pluie et c’était intéressant. On a vu la citadelle royale où se situe l’ancienne cité impériale (classée au patrimoine mondial de l’Unesco, construite en 1805). Elle est vraiment beaucoup détruite mais le guide a bien expliqué les différents endroits à l’aide d’une maquette et lorsqu’on s’y balade on peut plus facilement imaginer les 500 femmes de l’empereur n°12 déambuler dans les allées de cet immense palais. On a aussi visité plusieurs tombeaux impériaux.

Celui de Tự Đức qui est un domaine de 12 hectares avec des palais, un pavillon sur pilotis devant un lac artificiel, ainsi qu’une cour funéraire possédant des statues de mandarins civils et militaires, des chevaux et des éléphants en pierre grise..

Pas loin du tombeau de Tự Đức, on a pu admirer la pagode Tu Hieu construite en 1848 par les eunuques de haut rang de la Cité jaune impériale. Elle se trouve dans une grande pinède et possède un étang aux lotus en forme de croissant.

Pour finir on a fait une croisière sur le principal fleuve d’Hué qui s’appelle la rivière des parfums car en automne, les fleurs des arbres fruitiers qui tombent dans la rivière embaumeraient la ville.

J’ai aussi appris ce que signifie le drapeau du Vietnam : l’étoile représente l’unité du Viêt Nam, les points sur l’étoile étant l’union des ouvriers, des paysans, des soldats, des intellectuels et de la jeunesse travaillant ensemble dans la construction du socialisme, le fond rouge symbolise le sang versé pour l’indépendance.

5/12

On s’est levé tôt pour prendre le bus en direction d’Hoï An. Nous sommes arrivées dans un dortoir à 12 lits avec une porte fenêtre condamnée ne laissant pas passer d’air frais du tout. On a déjeuné et on a mangé un super gâteau au chocolat avec du nutella avant de faire du shopping et de se faire faire quelques robes sur mesures. Et puis on est allé au Spa, encore !

En partant dîner, la ville était toute illuminé par le festival des lanternes, c’était vraiment magique de voir toutes ces bougies flottantes dans la rivière.

On a dîné près du Night Market et puis on a fait la fête avec deux jeunes australiens qui nous ont selfié toute la nuit.

6/12

On a visité la vieille ville d’Hoï An.

Hội An était une ville prospère située sur les routes maritimes du commerce de la soie. Elle a connu une expansion au XVe siècle où les riches marchands y installèrent des comptoirs et construisirent de grandes et solides maisons en bois.

Divers styles architecturaux se retrouvent à Hội An : chinoisjaponaisfrançais. Il y a presque 1000 bâtiments qui sont répertoriés pour leur intérêt historique et architectural.

A 17h on a pris le bus pour rejoindre Mui Né et le soleil et la chaleur et la plage.

7/12

Nous y voilà ! Notre super hôtel avec une super piscine, un super bar et un temps digne des tropiques ! On déjeune dans un restaurant mexicain qui nous coûte les yeux de la tête. On est dans une destination super huppée pour les russes. D’ailleurs tout est traduit en russe.

Nous allons profiter de la plage et après un bon dîner à l’auberge (qui ressemble plus à un petit resort) on met nos plus belles robes pour aller danser sauf qu’il n’y a pas grand monde ce dimanche soir à Mui Né. L’endroit est assez paradisiaque : pieds dans le sable, bruits de la mer, bar très tendance avec baby-foot et billard, deux grands bars et de la musique minimaliste. Ce sera soirée bavardage entre filles.

8/12

Journée piscine, journée repos ! (et demi-journée chiasse pour Charlotte). On part dîner chez Joe’s Café, je prend un sandwich au gouda et au jambon. Que c’est bon du vrai pain et du vrai fromage mais que c’est cher ! Sur le chemin de l’aller on a aperçu un drôle d’animal en train de se faire dorer à la broche, ça ressemblait étrangement à un crocodile mais c’était de l’autre côté de la rue alors je me suis dit que mes yeux, face à la nuit tombante, me jouait des tours. Et quand on est rentré, le drôle d’animal était de notre côté de la rue, et c’était bien un crocodile, à moitié mangé.

9/12

La journée promet d’être longue !

On essaye de se lever tard, de faire nos bagages tard même si on doit quitter la chambre à 12h.

A midi donc, on a fait notre check-out et on prend notre petit déjeuner puis on va louer des vélos à la réception. Ils sont super, des vrais vélos de ville avec une grosse selle moelleuse. Et c’est parti pour les célèbres dunes de sable de Mui Né. Après une heure de vélo à sens contraire du vent, sous une grosse chaleur on arrive finalement au paysage somptueux de ces dunes de sable couleur ocre. Deux vietnamiens nous suivent et en profitent pour faire une petite dizaine de photos de nous en leur compagnie. Non ça ne m’intéresse pas de savoir ce qu’ils vont faire de ces photos. Sur le chemin du retour on va se balader sur le village des pêcheurs et puis on va se balader dans l’étonnante Fairy Stream. On se déchausse et on marche pieds nus dans le lit du ruisseau. On découvre des berges de toutes les couleurs et d’incroyables mélanges de couches de sable rouge et blanche.

On déjeune sur le chemin du retour dans l’un de ses petits restaurants aux chaises en plastique de toutes les couleurs, près de la mer qui s’agite contre les rochers, et où le vent nous arrive de face cette fois, nous décoiffant totalement (si jamais j’étais coiffée)

On rentre à l’hôtel, on se pose tranquillement avant de retourner chez Joe’s Café où on se laisse bercer par la musique live en se faisant dévorer près de 6heures par les moustiques. De retour à l’hostel, on attend 1heure du matin que notre bus arrive. Il n’arrivera que vers 2h. En route pour Ho Chi Minh.

10/12

On arrive de bonne heure et après une douche rapide, on part explorer le poumon économique du Vietnam.

Plus de 7 millions d’âmes réparti sur 2000km2.

La ville est en travaux partout, du bruit, de la saleté, des marchés de fausses marques à perte de vue, pas de grand intérêt touristique si ce n’est l’architecture de la poste construite par Gustave Eiffel, où la Cathédrale construite par les français, nommée originalement Cathédrale Notre Dame. On passe devant l’opéra et le palais de la réunification qui ne nous font pas beaucoup d’effet, probablement dû aux travaux alentours.

On attend près de deux heures en déjeunant dans un endroit très occidental et donc très cher, sous une chaleur écrasante, et quand le musée de la guerre rouvre, on part découvrir l’horreur de la guerre du Vietnam. Ce musée est très axé sur les atrocités et les violations des droits de l’homme commises pendant la guerre du Viet Nam, en particulier sur les effets de l’Agent Orange dans la population (appelé par le peuple vietnamien Orange incohérents). Je comprends tout à fait que les photographies exposées dans ce musée peuvent heurter la sensibilité d’un grand nombre, car malgré le manque de sommeil et par conséquent une sensibilité plus grande, j’ai eu la larme à l’œil 3 à 4 fois. Je ne savais pas que cette longue guerre (1955-1975) avait été aussi atroce. Presque 2 millions de morts vietnamiens contre 100.000 américains, sans compter les dégâts laissés par le gaz orange.

Après cette émouvante visite, je laisse Charlotte aller se reposer et m’en vais à l’aventure chez le coiffeur. Je monte sur une motobike et on roule pendant près de 30 minutes. A la 15ème je commence à flipper mais le chauffeur m’emmène dans le bon endroit. Tout se passe bien, le résultat n’est pas saisissant contrairement au prix.

Je prends un taxi et rejoint Charlotte qui m’attend pour aller dîner.

A notre retour, on se dit qu’aller visiter le delta du Mekong par nous même va être compliqué, on décide donc de booker un tour in extremis avec l’hostel (il est prêt de 23h).

11/12

On part dans un mini bus, entourées de vietnamiens, d’un peu de chinois, de russes, de malaysiens. Notre guide, qui répète 5 fois les mots, nous informe que notre chauffeur est un bon chauffeur, tout aussi bon que Makel Sumako (comprenez Michael Schumacher). Il nous informe également qu’il n’écrasera pas les scooters, c’est assez fairplay.

Je suis ravie que nous ayons finalement opté pour le tour. Nous avons vu plein de choses intéressantes à bord de notre petit bateau de pêcheurs sur le Mekong. Ce fleuve est l’un des plus puissant d’Asie. Le 4ème exactement, il est long de presque 5000 km ! Né dans le Qinghai (sur les hauteurs de l’Himalaya), le Mékong irrigue successivement la Chine (la province du Yunnan), borde le Laos à la frontière de la Birmanie puis de la Thaïlande. Il coule ensuite au Laos puis traverse le Cambodge où naissent les premiers bras de son delta, qui se prolonge dans le sud duViêt Nam où il est appelé traditionnellement le « fleuve des neuf dragons ».

Lors de notre premier arrêt, nous découvrons une immense mais vraiment immense statue de bouddha, toute blanche. Et une autre statue d’une femme allongée, toute aussi immense. Nous découvrons après une fabrique de miel qui se suit d’une dégustation. Il n’est pas formidable mais les gâteaux au sésame, eux, sont formidables.

On déjeune sur une petite île, où il y a des gros crocodiles qu’on peut nourrir de viande moyennant un peu d’argent. On peut même manger le crocodile mais on préfère s’abstenir. En attendant que le bateau reparte on va se reposer dans les hamacs sur les rives du lac. De nouveau dans le bateau, on fait escale sur une île où nous découvrons le processus de fabrication de gâteau à la noix de coco. Nous partons ensuite faire un tour en charrette tirée par un cheval. Nous terminons notre visite par une balade dans une barque en bambou au travers d’un tout petit fleuve bordé de … bambous ! J’ai l’impression (lointaine) d’être Pocahontas. A l’issue de cette balade, on nous offre une petite collation de fruits (mangue, papaye, fruit du dragon etc) et du thé. Des femmes nous cassent les oreilles en essayant de chanter leurs chants traditionnels.

De retour sur Ho Chi Minh, on décide de faire une sieste, sieste qui me portera dans un sommeil profond jusqu’au lendemain.

12/12

Justine m’a dit qu’elle arriverait super tôt. N’ayant pas de ses nouvelles vers 10h, nous décidons de partir nous relaxer au bord d’une piscine d’un hôtel de luxe. Journée très fatigante, en effet.

A 20h, n’ayant toujours pas de nouvelles de Justine et nos ventres commençant à crier famine, je m’apprête à alerter les autorités pour savoir s’il n’y a pas eu un accident sur la route. Oui je suis névrosée. Et au moment où la réceptionniste s’apprête à décrocher le téléphone, Justine et Romain, pas très frais, pointent le bout de leur nez. On part dîner tous les quatre avant de retrouver Lisa (cf Pékin). Charlotte reste à l’hostel et on part tous les 4 faire la fête à Saïgon.

13/12

J’ai dormi 30 minutes, j’ai fait mon sac, je me suis rincée et je suis partie à l’arrêt de bus. En direction du Cambodge. Je prends un sandwich au thon que je vomis à l’ambassade Cambodgienne.

J’ai la tête qui tourne, le bide qui fait des sauts au rythme des trous du bitume, je suis fatiguée. La fin de trajet pour Phnomp Penh est douloureuse. A l’arrivée au dortoir les réceptionnistes mettent un temps fou à trouver notre réservation. Je retrouve Lola et Alex deux petites heures après. Les ragots de baroudeurs terminés, on passe aux choses sérieuses, aux potins du voyage autour d’une bouteille de vin et non, ce n’est pas ce soir que je me coucherais tôt.

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Du 24/11 au 02/12

24/11

15h après notre départ de Kunming, nous arrivons à Yangshuo dans l’auberge très sympathique et excentrée répondant au nom de Carpe Diem. Justine et moi découvrons notre chambre privée avec douche et toilette ! Quel luxe nous offrons-nous ! (Les dortoirs étaient complets).

Je dîne en compagnie de Menno, Sietse et Charlotte que je retrouve avec plaisir. Justine et Ben partent se balader. Justine rencontrera par hasard une amie de longue date au bord des rizières.

Entre bavardages et potins de routard, j’apprends que Charlotte souhaite partir vite vers le Sud du Vietnam ce que je souhaite aussi avant de rejoindre Alex et Lola. Un regard intense droit dans les yeux et une poignée de main plus tard, nous décidons de partir ensemble.

25/11 – Une longue journée

J’ai horreur de me réveiller par les bruits de travaux, surtout quand ils sont prêts parce qu’on a beau espérer qu’ils vont s’arrêter, on sait bien que c’est pas vrai et qu’il va falloir se lever. C’est ce qui m’est arrivé ce mercredi à 7h30 du matin. Et ça a gâché mon plaisir de me réveiller dans une chambre et pas en dortoir.

Après le PDJ, nous prenons les vélos, Ben solo et Justine et moi en tandem pour rejoindre la gare de bus d’où nous partons pour la petite ville de pêcheurs de Xin Ping.

On arrive vers 14h et les négociations vont s’avérer difficiles. Vous connaissez la technique d’on part et puis on vous rattrape pour vous proposer un prix plus intéressant? Et ben là, on part et ils continuent de nous suivre sans nous proposer de meilleur prix. Au bout d’une bonne heure on a environ 10 femmes à nos trousses. J’ai l’impression d’être Moïse. A 17h, on réussit enfin à se mettre d’accord avec les féroces négociateurs du port : un bateau en bambou pour rejoindre Yangdi et revenir pour 50Euros à 3.

Mais il fait bientôt nuit, il faut payer d’avance, qui sait s’ils vont bien nous amener à Yangdi ?

On finit par abandonner et aller faire la balade d’un nombre interminable de marches qui donne une vue à 360° sur Xin Ping.

On rentre, j’insiste pour changer de chambre et on se retrouve avec quelque chose qui ressemble plus à une suite nuptiale qu’une simple chambre. Mais c’est juste une chambre normale en un peu plus grande.

Ce soir, c’est la fête. On joue au jeux de carte auxquels on jouait en Mongolie et on boit du vin rouge avec Charlotte. On part au bar du Mojo en ville, on est tout seul, on joue au Beer Pong et au Baby-Foot, on met la musique qu’on veut, on s’amuse bien. Après avoir épuiser tous les jeux, on rentre se coucher.

26/11 – John Paul à Yanshuo !

C’est alors que je prends mon PDJ que j’aperçois Amandine et Julien arriver sur la terrasse !

Ça fait plaisir de voir des têtes connues en plein milieu de la Chine et de pouvoir se raconter les derniers potins. On décide de partir pour Shangri-là. Mais pourquoi la plupart des villes ou des lieux de Chine s’appelle Shangri-là ? Parce que Shangri-La est le nom d’un lieu imaginaire décrit dans le roman Lost Horizon écrit par James Hilston en 1933 et que pour attirer le plus de touristes, les chinois et les tibétains ont décidé de renommer le nom de beaucoup de villes par celui-ci. Et ça marche assez bien puisqu’on s’y rend. Amandine et Julien nous présentent leur ami Chinois qu’ils ont rencontré la veille et qu’ils surnomment Take selon ses instructions. On peut traduire Take par Grand Frère. Ça se prononce Taqueue. Imaginez quand on le cherche ! ça me fait bien rire.

Ben et moi en Tandem, Justine ne souhaitant pas renouveler l’expérience, Amandine et Julien en Tandem aussi. Et Take et Justine en solo.

On arrive dans un attrape touriste où des arbres en plastique rose fluo ont été disposés, et dès qu’un bateau passe, des danseurs se trémoussent comme des africains et arrêtent immédiatement quand le bateau disparaît. Le paysage est joli mais je suis contente que Take ait négocié une visite avec quelqu’un de local plutôt que d’avoir pris le bateau.

La nuit va tomber vite mais on veut revenir par les petits sentiers et pas la grosse artère qu’on a prise en venant. On décide donc de s’aventurer à travers rizières et les petits bouts de terre entre les bassins d’eau. Ben et moi déraillons 4 fois, Julien et Amandine, Ben et moi manquons de tomber plusieurs fois. Pas évident de rouler en tandem sur 20 cm de large !

On retrouve Take par terre : « he kissed the floor ».

Merci au caucasien Julien qui a toujours sa trousse de secours sur lui et qui lui découpe un pansement de la taille de son front pour une égratignure de la taille de l’ongle de mon pouce.

C’est assez mystique de pédaler à travers ce paysage où le brouillard et la nuit tombe. Les montagnes sont toutes bossues, on dirait des chameaux ou des gros gâteaux Duplo. Il commence à faire nuit noire, on s’éclaire avec nos téléphones. Y’a un mec en scooter qui vient se coller à nous, j’aime pas ça et j’demande à Ben d’accélérer mais le mec accélère aussi. Alors je demande à Ben de lui dire de s’en aller. Ben lui fait des gestes de la main en mode : « va-t’en » mais le mec se rapproche, je commence à paniquer et je dis à Ben que je veux m’arrêter, que je me sens en danger, et Ben lui dit : Go home, go away, leave us alone », il commence même à être insultant. Et puis je finis par comprendre que le mec voulait juste nous éclairer à la lumière de son scoot. C’est un peu honteux.

De retour à Yanshuo, on part dîner tous les 6 dans un restau Chinois, un petit bouï bouï qui paye vraiment pas de mine avec une table et des chaises en plastique, un wok sur le trottoir mais ou Take saura nous guider dans le choix des plats. C’est super bon.

A la fin du dîner Take nous fait quelques tours de magie, ça me passionne. J’adore ça. Il est vraiment doué et c’est super agréable de se laisser berner.

Ben et Justine vont se coucher et je continue la soirée avec les 3. On part essayer toutes les lunettes de soleil possible dans un magasins, assister à un pôle dance chinois et à une bataille que je loupe fasciné par le chinois en string et botte en cuir autour de la bar en fer, et puis on termine au Mojo, qui se vide très vite. C’était la folie à 10h et à 00h tout est vide et calme. Un drôle de contraste.

27/11- XieXie China

C’est le grand départ à 8h30. Van puis bus puis train et nous sommes à Nanning.

Sauf qu’à Nanning on apprend qu’il ne reste que 2 couchettes pour aller au Vietnam et nous sommes 5.

Les dutsh nous laissent la place, on achète nos billets en soft sleeper (ce qui équivaut à la deuxième classe). On part faire des courses. Je voulais du pain, du fromage, des légumes et des fruits et ben j’aurais des gâteaux salés et sucrés.

Dans « le supermarché » il y a un drôle de chinois qui vient nous parler. On dirait qu’il a appris son discours par cœur. Il doit avoir 25 ans et prétend en avoir 15, il veut de la nourriture. On lui demande ce qu’il souhaite et il nous répond « du pain ». Du pain qu’il faut aller chercher à un marché à côté. Oui Ouiiii. Bien sûr. Il était tellement particulier avec un physique disgracieux, une bouche toute mal formée et les yeux qui se disent merde.

On monte dans le train, a 19h, a 00h on décharge tout pour quitter la Chine, 2 heures après on re-décharge tout à nouveau et à 5heures on arrive à Hanoï.

28/11 – Bienvenue au pays des Nems

Matthieu est réveillé lorsqu’on le rejoint à son appartement dans la résidence : Luxurious House. C’est vrai que ça contraste pas mal avec les habitations alentours. L’appartement à tout d’un hôtel, femme de ménage et gardien inclus. Il manque les serviettes et le savon. Matthieu travaillait à la croix rouge avec Justine, il est ici en mission depuis presque deux ans. Il nous a acheté des croissants, du jambon cru, de la tome et du morbier et ça suffit à motiver Justine qui juste après sa douche et prête à partir se balader. Je la suis comme un petit mouton et nous voilà dehors à 10h, sans avoir dormi. On se balade à travers Hanoï et vers 16h je réclame une pause pour m’hydrater et manger des nems. On a pu se balader à travers quelques uns des 118 lacs dont le plus célèbre et l’un des plus grands appelé le lac de l’épée se situe au centre de la capitale Vietnamienne.

Le lac de l’Épée (lac de Hoan Kiem) raconte l’histoire légendaire, mystique et romantique de Lê Loi, héros aux pieds nus de la terre de Lam Son, qui prit les armes pour lutter contre les envahisseurs des Mings. Un jour, dans les prises d’un filet de pêche, il trouva une épée précieuse, avec laquelle il conquit par la suite l’indépendance nationale du Vietnam. Et puis, un jour, alors qu’il se promenait en bateau dragon sur le lac des Eaux vertes, le roi vit surgir une énorme tortue dorée, qui nageait dans les traces du bateau. Il sortit la précieuse épée et la jeta à la tortue. Celle-ci l’attrapa au vol dans sa bouche et replongea dans les profondeurs du lac. Le roi pensait que le génie de la tortue était venu lui demander de restituer l’épée pour la ramener vers les cieux et la terre. C’est depuis ce temps que lac est appelé Ho Hoan Kiem (lac de l’Épée restituée).

On rejoint Matthieu vers 19h, en route pour préparer l’apéro. Sur le chemin j’ai acheté un moule à cake et les ingrédients, du vin pour l’accompagner, et de la street food.

Tout est délicieux. On prend l’apéritif sur le toit terrasse de l’immeuble avec des amis expat à lui et on part en direction du nouveau club « Hero » où vietnamiens et occidentaux se mélangent au son électro de la boite.

29/11

Après un bon Petit déjeuner et après avoir retrouvé Gaël, un ami de Matthieu, chacune derrière un homme sur un scoot, on part assister au mariage d’une collègue vietnamienne de Matthieu. Sur le chemin on passe devant l’austère mausolée d’Ho Chi Minh et la maison du président.

Le mariage vietnamien se prépare pendant des mois et dure à tout casser 1heure. Le temps d’un déjeuner et que les mariés trinquent avec chaque invité, sans boire. Plus on est d’invité mieux c’est, car chaque invité met de l’argent dans une enveloppe.

Après ce déjeuner on part en direction du temple de la littérature construit en 1070 par l’empereur Le Thanh Tong et dédié au culte de Confucius. C’est aussi la première université du Vietnam ouverte en 1076, formant et perfectionnant les lettres, mandarins, aristocrates. Les élèves tout juste diplômés viennent y faire leur photo de fin d’étude en robe américaine. On n’échappe pas non plus au lancer de chapeaux. Il fait très chaud et les filles râlent un peu d’être en plein soleil. Car si pour nous c’est sexy d’être bronzée pour elles c’est l’horreur. Le plus blanche elles sont, le mieux c’est.

On a RDV avec les Dutsh devant la Cathédrale St Jospeh. Cathédrale inaugurée en 1886.

C’est parti pour une cession girly : épilation et peinte des ongles des pieds. C’est beaucoup moins doux qu’avec ma japonaise.

Enfin prête pour la plage, on va réserver nos billets pour la baie d’Halong, départ le lendemain à 6h.

On dîne avec Matthieu et les Dutsh au restaurant « Dieu’s Cuisine ». On est solo mais c’est très bon bien qu’un peu cher. Après ce festin (nems et poulet au gingembre et citron), on se dirige vers le bar Rastaman juste à côté. On rentre vers 1h30, on s’endort vers 2h30, le réveil sonne à 4h.

30/11

On part à 5h30 pour l’hôtel des Dutsch, d’où un minivan vient nous récupérer à 6h pour nous amener à la station de bus où on poireaute 1h. Après taxi, van, bus ou mon siège est cassé et où le ‘Ticket Man’ manque de me briser la cheville à chacun de ses passages, changement de bus et découverte d’une vidéo d’un Viet en vogue en mode éléctro house avec la vidéo en prime, vidéo où il danse avec des ado de 12 ans ce qui fait vraiment pervers quand lui doit avoir la trentaine. Bateau, bus à nouveau et quelques minutes de marche, on arrive à l’hôtel Cat Ba Hostel sur l’île de Catba.

On réserve notre tour de bateau dans la baie d’Halong et on part déjeuner avant de s’avachir sur la plage.

Après un bon dîner près du port et vers 23h30, je pars enfin dormir.

1/12

Levé de bon matin, la grisaille et la pluie sont au rendez-vous. On part tous les 5 à bord de notre bateau de pêche conduit par un vrai pêcheur qui nous guide dans la baie d’Halong. On s’arrête sur une petite plage paradisiaque au milieu de nulle part avant de partir faire du Canoë sous la pluie. Sur le chemin dans le bateau et entre le froid qui me fait serrer les dents et le vent et la pluie qui me tombent dessus, j’aperçois un petit banc de tout petits poissons. En plus gros (Ok beaucoup plus gros) ça aurait pu être un banc de dauphins.

On déjeune sur une maison à pilotis entourée de toutes sortes de poissons et de crustacés dont un crabe aux pates bleues fluorescentes. On mange un délicieux repas, des nems, des patates, du riz, du poulpe et une omelette !

On repart pour traverser une île et faire une petite rando, toujours sous la pluie, avant de reprendre le bateau et de rentrer trempés jusqu’aux os. C’est notre dernier soir tous ensemble et on part à la recherche de la fête introuvable au cœur de l’île de Catba.

2/12

C’est le moment des au revoir et des câlins. Tout le monde se sépare où se retrouve. Les dutsh reprennent leur route tous les deux, Justine part seule et Charlotte et moi partons à l’assaut du sud du Vietnam.

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Good morning Vietnam

Il est plus d’une heure du matin quand nous passons la frontière sino-vietnamienne. Je sors du train, encore ensommeillée, et m’amuse à contempler ce poste frontière d’un autre âge. Un poussiéreux portrait d’Ho Chi Minh, des ampoules qui n’ont pas dû être changées depuis sa mort, des militaires qui luttent pour ne pas s’endormir debout et une petite vieille devant un stand proposant gâteaux et changeant la monnaie. Quelques heures plus tard, nous voici enfin à Hanoi. La gare d’arrivée (si l’on peut appeler ça une gare) n’a rien de celle d’une capitale. On prend place dans une toute petite salle d’attente avec des chaises d’écoliers au fin fond d’une ruelle. Les taxis s’empressent de venir nous proposer leurs services. Ne voulant pas arriver à une heure trop indécente chez Matthieu, je les éconduis et ils bavardent entre eux, perplexes sur ce qu’on doit bien pouvoir attendre ici à cinq heures du matin. Je me retrouve même à devoir expliquer au téléphone en anglais à ce que je comprends être le patron d’un des chauffeurs, pourquoi je n’ai pas besoin de ses services dans l’immédiat. Dehors, un groupe de femmes fait sa gymastique matinale. La chaleur, le bruit et les odeurs me propulsent au Cambodge, dix ans plus tôt. Le jour se lève lentement et je sens que j’aime déjà le Vietnam.

Hanoi, de l’héritage français aux scooters par milliers

Dans le taxi, nous faisons avec Marie des paris sur la multiplication à faire pour passer du chiffre inscrit au compteur au montant à régler en dongs. De toute façon, on n’en a pas un en poche. On est très vite encerclés par une nuée de scooters ; la circulation est très dense malgré l’heure matinale. A défaut de pouvoir déchiffrer ce qu’il y a d’inscrit sur les panneaux publicitaires (à part « pho » je ne connais aucun mot), je m’amuse à faire la liste des signes de ponctuation qui sont sur ou sous chaque lettre : des points, des tildes, des accents de toutes sortes,  et même des points d’interrogation.

Matthieu, être le plus exceptionnel que j’aie jamais rencontré sur cette planète (m’ayant demandé à plusieurs reprises s’il aurait un droit de regard sur mes écrits à son sujet, je suis certaine qu’il lira ce post avec grande attention) était mon collègue du desk Afrique de l’ouest à la Croix-Rouge. Il est depuis un an et demi chef de délégation au Vietnam et ne tarit pas d’éloges sur la vie dans son pays d’adoption. Il faut dire que l’appartement qu’il partage avec Marion est super et qu’au petit déjeuner, on peut manger du pain et du morbier (merci Matthieu pour l’accueil royal). Ne semblant pas me tenir rigueur de l’avoir sorti du lit, il nous donne des conseils de promenade pour la journée avant de partir bosser. Nous partons donc sans lui à l’assaut du quartier français et de la vielle ville. Le premier s’illustre par de larges avenues arborées, bordées de bâtiments coloniaux aux couleurs pastels et aux niveaux de conservation inégaux ainsi que de cafés où les vietnamiens passent des heures en terrasse, sirotant leur café glaçé au lait concentré sucré. La vielle ville, quant à elle, est un dédalle de minuscules ruelles où grouillent les scooters, les touristes, les mini tables et chaises en plastique devant de toutes aussi minuscules gargottes et les marchands ambulants. A l’origine, il y avait un corps de métier par rue et c’est, à quelques détails près, encore le cas aujourd’hui. On passe de celle des ustensiles de cuisine à celle des encensoirs et autres objets religieux en un rien de temps. Lorsqu’on lève les yeux, on observe à chaque poteau d’effroyables nœuds de fils électriques (c’est tentant d’en couper un pour voir ce qui se passe), et tout un tas de maisonnettes en hauteur. Le prix du foncier incite en effet à ne pas être trop gourmand sur la largeur de sa maison, et le principe un étage = une pièce s’applique ici. On peut donc avoir facilement un chez soi à sept étages, par contre, on ne fera pas plus de cinq pas avant d’arriver au bout de sa cuisine 🙂 J’aime l’ambiance de la vielle ville bien que le niveau de décibels qui le caractérise frôle l’indécence et que chaque traversée de rue soit une expédition à l’issue incertaine.

Le lendemain de notre arrivée, nous sommes invités (incrustées ?)  au mariage de l’une des employées locales formant partie de l’équipe de Matthieu. Nous arrivons sur le lieu de la fête après un rapide tour de la ville en scooter pour passer voir, notamment, l’austère et soviétique mausolée d’Ho Chi Minh et le palais présidentiel aux couleurs criardes. La fête ne sera finalement qu’un repas, où une centaines de convives sont répartis sur deux très longues tables. Les plats défilent sous nos yeux ; autant les crevettes frites et la soupe de légumes me ravissent, autant je reste sceptique un moment devant la salade de méduse. La vodka de riz, alcool vedette localement, coule dans les petits verres à shot et les mariés et leurs parents ont à peine le temps de faire un tour de salle pour venir trinquer avec chacun des invités que les premiers commencent déjà à quitter la salle. Je crois que le ratio temps de préparation en amont sur durée de la fête atteint ici son paroxysme.

Bain de boue dans les montagnes de Sapa

Frustrée de ne pas voir le Nord du pays, région la plus authentique et traditionnelle, je décide d’y faire un aller-retour express, en dépit d’une météo plus que défavorable. Sapa a beau être une ville touristique, je suis la seule occidentale quand j’entre dans le bus de nuit m’y conduisant depuis Hanoi. Un groupe de jeunes vietnamiens ricane en me regardant entrer et les télés diffusent des images de combats sanguinolents sur fond de hurlements. Il est 20h, le bus doit arriver à 4h30 et les sièges inclinables sont conçus pour des gens d’1m40 … Je sens que je vais passer une excellente nuit. A 1h, alors que je dois dormir depuis peu, le chauffeur adjoint vient me réveiller en me tapant sur l’épaule et me criant « Sapa » dans les oreilles. Je regarde ma montre et la lui tend, priant pour qu’il comprenne dans mon geste la pensée suivante « il est 1h, on est censés arriver dans plus de trois heures, ce n’est surement pas Sapa car c’est le terminus, or les gens autour de moi ne descendent pas ». La magie de la télépathie n’opère pas et il s’en suit un duel de cinq minutes : il tire mon sac et souffle, je répète « not Sapa » en boucle et souffle. Puis en regardant à nouveau par la fenêtre, je comprends enfin qu’il veut que je change de bus pour prendre celui qui arrive en face. A 3h, on est celle fois bel et bien arrivés à Sapa et là je me demande bien ce que je vais pouvoir faire pendant quatre heures, dans le froid et la nuit, en attendant que les cafés et agences de trek veuillent bien ouvrir. Heureusement, j’obtiens du chauffeur l’autorisation tacite de pouvoir rester somnoler dans le bus et peaufine mes courbatures pendant que lui choisit de s’installer par terre et d’imiter le démarrage des scooters de son pays avec son ronflement.

En début de matinée, j’ai trouvé une super guide et deux chouettes compagnons de balade, Vivien et Mariane, parisiens d’adoption vivant à  deux pas de mon ancien lieu de travail et passant beaucoup de leurs vacances d’été à Moriani plage (spéciale dédicace à Mathilde Gasperi). Nous traversons de touts petits hameaux où les cochons et les enfants à demi nus semblent régner en maîtres, croisons des femmes hmongs noires et zaos rouges, etnies les plus représentées dans la région de notre promenade. Les premières sont -on pourrait s’en douter- vêtues de noir et portent de grosses créoles aux oreilles. Les secondes, dont notre guide fait partie, portent un foulard rouge sur la tête et une petite hôte en osier dans le dos (on les baptisera très vite les mères noel). Toutes sont souriantes et avenantes, même celles qui n’ont aucun artisanat à vendre. Nous passons par de superbes rizières en terrasse, dommage que le brouillard vienne gacher bon nombre de points de vue. En fin de journée, nous arrivons chez May, notre guide, faisons la connaissance de son mari et ses deux enfants, aidons à préparer le repas et nous régalons après avoir trinqué à la vodka de riz faite maison. Pendant que père et fille sont absorbés par la grande télé qui diffuse les feux de l’amour version viet, nous discutons avec May autour du feu avant d’aller nous coucher avec les poules.

Les coqs eux, chantent incessament et me tirent à l’aube d’un sommeil profond, accompagnés par les cochons, que je crois en train d’être égorgés (alors qu’ils manifestent visiblement leur faim). Le temps est encore pire que la veille. Avec beaucoup d’imagination, on voit encore des rizières à perte de vue mais en réalité, on distingue à peine quelques palmiers se perdant dans la brume. Le chemin du retour est de pire en pire et je finis en beauté, par trois glissades de plusieurs mètres consécutives. Alors que Vivien et Marianne continuent le trek une journée de plus, je fois m’empresser d’attrapper un moto taxi pour regagner Sapa, d’où part une heure après mon bus de retour pour Hanoi. May m’aide dans cette entreprise et m’explique que mon chauffeur ne parle que hmong et quil ne connait pas vraiment l’endroit où je me rends dans Sapa. Il me tend en souriant un simili casque à l’image de ceux d’ici, relevant davantage de la décoration que de la protection: une visière pour faire effet casquette, des couleurs pour en jeter, ceux des filles ont même parfois un trou pour y glisser leur queue de cheval. Nous voilà donc (mal) partis pour une demi heure dans un épais brouillard et sur une route caillouteuse. Je ne suis pas très rassurée surtout quand mon chauffeur tourne à gauche alors que l’intersection indique que Sapa est à droite. On n’y voit pas à deux mètres et à chaque klaxon de camion, j’essaie d’avoir une illumination sur comment dire « ralentir » en langue des hmongs ou je prie tous les dieux auxquels je ne crois pas (sur le lot, il y en n’aura bien un moins rancunier que les autres) de bien vouloir m’accorder un dernier moment de vie plus heureux que celui-là. Je débarque dans le bus, cinq minutes avant son départ, décoiffée et boueuse des pieds à la tête. Cette fois il n’y a que des occidentaux qui ont la même allure que moi:)

May, portrait d’une zao rouge

May a 35 ans, elle est née et a grandi dans un petit village à quinze kilomètres de Sapa. Faisant partie d’une fratrie de douze enfants, elle a du déserter les bancs de l’école pour s’occuper des plus jeunes. Elle ne sait aujourd’hui ni lire ni écrire et pourtant, elle a appris à parler anglais toute seule, en alpaguant les touristes sur les sentiers depuis quelques années. Même si la prononciation de certains mots a été à l’origine de quelques quiproquos et éclats de rire, elle maitrise plutôt bien cette langue. Elle s’est mariée à 19 ans, ou plutôt  » a été mariée » comme elle le souligne, puisque elle n’a pas pu, comme c’est légion ici, choisir l’élu de son coeur. Ses parents l’ont fait pour elle et visiblement, elle n’a pas tiré le gros lot. Celui que nous rencontrons a l’air très gentil; celui qu’elle nous dépeint est paresseux et a un léger penchant pour les longues soirées avec ses amis, arrosées d’alcool de riz. Il est impossible pour May de se séparer de son cher et tendre car, lors du mariage,  la famille de ce dernier a du donner à la sienne cinquante pièces d’argent, soit l’équivalent de 2000 euros. Il lui faudrait donc aujourd’hui pour divorcer, rembourser cette somme qu’elle n’a pas, en guise de dédommagement. Quand je lui demande si elle devra choisir les futurs conjoints de ses enfants, elle me répond que non, elle même ayant trop souffert de son union forcée. Mais le mariage de son fils, elle le prépare déjà. C’est d’ailleurs dans cette optique que la famille a récemment demménagé, afin de pouvoir accueillir les quelques cinq cents invités de la fête, puis plus tard, sa belle fille et ses petits enfants. Or, pour l’instant il n’y a ni invités ni descendance, juste quelques chaises en plastique et deux grandes armoires au milieu d’une immense pièce à vivre qui doit faire près de soixante mètres carré. May est plutôt jolie et, passé le premier moment d’étonnement, ses deux dents en or lui donnent un certain charme. C’est une cuisinière hors pair. Ce qui pour nous prendrait une demi journée et mettrait notre cuisine sans dessus dessous, comme la confection de nems, elle le fait en un quart d’heure avec un wok posé sur un feu de bois et du papier journal en guise de maniques. Chez May, il n’y a ni frigo ni chauffage ni eau courante, et encore moins internet. En revanche, elle a un Samsung Galaxy S4. Et quand je lui demande pourquoi, elle me répond tout simplement que c’est le moins cher des smartphones. Nos cerveaux occidentalisés et fermement conditionnés par la pyrammide des besoins de Maslow y voient là une aberration. Dans son village, cela fait partie de la norme sociale, à l’image de l’écran plat et de la parabole. May est incroyablement gentille et je la revois encore courrir vers moi lors de mes sauts périlleux sur le chemin boueux, me criant « I’m so sorry » et me proposant de porter mon sac.