Mes 40 jours : Laos / Part 1

Mes 40 jours : Laos / Part 1

05/01 : La journée de l’arnaque

Pour rejoindre les 4000 îles au Laos, nous avons acheté nos billets à Kratie pour une somme de 16$ par personne. Oui c’est cher mais pour y aller il faut d’abord prendre un minivan puis un bus et enfin un bateau.

Nous voyageons avec un couple de suisse d’une quarantaine d’année qui sont en vacances. Le minivan est plein à craquer, nous sommes au fond du bus les uns sur les autres. Pas de place pour les bagages à l’intérieur, ils sont disposé sur un châssis à l’extérieur et nous roulons sur de la terre battue qui fait voler la poussière sur le camion et en recouvre nos sacs.

Notre jeune chauffeur s’aperçoit que rouler comme un fou n’est peut-être pas la meilleure solution au moment où la roue crève. Il fait une chaleur tropicale et nous sommes au milieu de nulle part. Le paysage est digne d’un décor de fin du monde : arbres et herbes brûlés, terre battue, pas une cabane à l’horizon, nous sommes totalement seuls au milieu de ce désert aride, sous un soleil de plomb. Heureusement, les cambodgiens qui sont des hommes à tout faire s’en tirent assez bien et assez vite. 30 minutes plus tard, nous revoilà entassés les uns sur les autres.

Nous, les 4 occidentaux sommes arrêtés à un restaurant, nos sacs déposés sur la route, et le chauffeur nous agite sa main pour nous dire au revoir.

Le serveur du restaurant nous indique que le bus arrivera d’ici 2heures. Nous attendons et 2 heures après, un bus de vietnamiens débarque et le chauffeur nous fait signe que nous partons avec eux. Sleeping Bus cette fois, c’est mieux. Arrivés à la frontière, le tamponneur me demande 2$ pour avoir mon tampon ce que je refuse. Et je lui donne mon passeport en lui disant que je sais que je n’ai pas à payer et qu’il doit tamponner mon passeport. Il arrache mon papier de sortie à l’intérieur et le tamponne, je marche alors jusqu’à la frontière côté Laos où je remplie tous les papiers et paye les 30$ demandés. Le contrôleur m’informe que mon passeport n’est pas tamponné côté Cambodge et qu’il faut que j’y retourne. Je remarche les 10 minutes qui me sépare de ces deux pays et m’apprête à insulter le contrôleur de tous les noms s’il ne me tamponne pas mon passeport. Il rend celui de Chloé en premier et garde le mien un peu plus longtemps. Pour me faire peur surement. Mais je n’ai pas payé.

Nous repartons côté Laos et le garde ne veut pas nous redonner nos passeports si nous ne payons pas 2$. Même cinéma je lui dis que je ne dois pas payer et que je sais que je n’ai pas à payer. Mais cette histoire prend du temps et le bus de vietnamiens s’impatiente. Les Suisses ont payés les 2$ chacun mais je ne veux pas céder et le garde finit par nous proposer de payer 1$ chacune et je continue de le regarder droit dans les yeux en lui disant que je ne suis pas d’accord et que je ne payerai pas. C’est du racket, même pour 2 pauvres dollars, ça m’emmerde.

Je suis contente de voir qu’il finit par sourire et je sens que c’est lui qui va finir par craquer.

De retour dans le bus, soulagés et contentes de n’avoir pas payé, nous patientons 30 bonnes minutes puis sommes de nouveau lâchés au milieu de nulle part.

Un panneau indique le lac et nous nous mettons en marche, nos gros sacs sur le dos, dans une direction inconnue.

10 bonnes minutes plus tard, nous sommes ravis d’apercevoir le Mekong au loin. Nous donnons nos billets au gérant de la compagnie de bateau qui nous informe qu’ils ne sont pas valables ici et que si nous souhaitons nous rendre à Don Det il faut payer 12$ par personne. Les Suisses n’ont que très peu de jours au Laos et décide d’y aller coûte que coûte et nous les accompagnons dépitées par cette journée.

Arrivées à bon port, nous découvrons une population où le sourire et l’action ne fait pas parti des moeurs. Ils sont mous et méchants. On finit par trouver une chambre dans une auberge pour pas trop cher, propre et avec eau chaude. Le soir on part boire dîner dans un bar raggae mais cette ambiance m’exaspère un peu et je m’apprête à partir lorsque le couvre feu retentit. Il est 23h, bienvenu au Laos !

06/01 : Une toute petite île parmi 4000

Ce matin et après un bon petit déjeuner, je loue un vélo pendant que Chloé, estropiée s’apprête à passer une journée repos. La femme me crie que le tour de l’île prend 3 heures et je pars bien préparée à cette aventure. Une heure plus tard je suis de retour en ayant pris le plus de temps possible sur le chemin. L’île est toute petite et sur le chemin je croise des enfants rieurs, le sourire jusqu’ aux oreilles, des ado de 12 ans en scooter, des cochons et des cultures de riz toutes sèches. Le spectacle est splendide. A mon retour et avec une grande motivation, Chloé et moi papotons le reste de la journée à refaire le monde. A notre retour dans la chambre nous apercevons une énorme araignée. Horrifiées, nous appelons tout de suite la reception, qui sans grande motivation et sans empressement arrive dans la chambre avec un balai, chasse et tue l’araignée et repars sans un mot ni un regard.

07/01 : Le Journal

Je l’avais presque oublié. C’est difficile de prendre du temps pour tout écrire et en ce 7 janvier je remets le blog à jour de mes aventures récentes. C’est une journée peu active mais riche en rire et en émotions. On regarde ‘Un indien dans la ville’ et, pendant que je continue mon récit, Chloé part se balader. A son retour nous partons dîner dans un bar où des slovaques nous invitent à jouer au billard. Malheur pour eux, nous sommes pires que nulles. Nous ne rentrons pas une boule dans un trou. Ils ne sont pas excellents non plus et après de nombreuses tentatives pour finir la partie nous décidons de dîner et ainsi de mettre fin au supplice.

A côté des toilettes Chloé s’éprend d’un petit singe en cage. Ses petites mains et son regard ressemblent tellement à ceux d’un enfant. Au travers d’un petit trou, il nous tend la main et c’est une sensation spéciale de sentir un animal vous agripper avec autant de force.

Nous rentrons bien joyeuse de cette soirée, un peu triste d’avoir laisser le petit singe dans sa cage malgré un plan d’évasion échafaudé, prêt à exécution, si nous étions sûres qu’il ne serait pas plus malheureux dans la nature.

Arrivée à l’hôtel, le wifi de nouveau intégré à nos téléphones, nous apprenons le triste attentat du magazine Charlie Hebdo. Vive La France. Vive La Liberté.

08/01: Une révolte, une grande émotion

Levées à l’aurore pour admirer le levée du soleil, nous partons faire le tour de l’île à pied et rencontrons un des slovaques qui se joint à nous pour admirer ce paysage rougeoyant.

A notre retour et pendant le petit déjeuner, toutes les deux collées à nos téléphones, nous comprenons mieux que l’attentat vise notre liberté d’expression et nos visages se liquéfient instantanément. Tous les réseaux sociaux sont mobilisés, c’est émouvant de voir que porter atteinte à l’un des principes fondamentaux de notre société rassemble et unifie tant de personne. C’est atterrant et horrifiant de voir que certains puissent se venger d’un dessin et tuer des journalistes pour ce qu’ils ont dessiné des années auparavant. Nous aussi, même de si loin ça nous révolte. Je pense que je voudrais être en France maintenant pour voir toute cette ferveur et toutes ces personnes se mobiliser pour notre liberté. Dans cette triste excitation, nous faisons nos sacs et partons direction Paksé. Après un bateau et un bus nous arrivons à destination et partageons un tuc tuc avec des allemands qui hurlent sur le chauffeur car il ne prend pas le chemin le plus rapide. J’ai envie de lui dire de fermer sa grande gueule de moche car elle a déjà fixé le prix. Peu importe le chemin qu’il prend.

Le gentil chauffeur nous dépose devant notre guesthouse : Sabaidee 2 où nous retrouvons notre ami Brioche du Cambodge.

Direction un petit restaurant où Chloé et moi déjeunons et partageons notre repas. Oui nous devenons intimes  (elle a même fait pipi la porte ouverte !)

Nous avons passé l’après-midi à lire et relire les rapports de presse concernant l’attentat #JeSuisCharlie. C’est crispé que je pars me faire masser pour oublier que s’exprimer en démocratie est, pour certains, un acte dénonciable.

A mon retour Brioche a rencontré un couple d’amis, nous dînons tous les cinq avant de rejoindre l’hôtel ou, avant de partir nous coucher, Brioche ne peut s’empêcher de faire d’innombrables compliments sur les poignets de Chloé.

09/01 : Le café c’est mal

Ce matin Chloé est stressée, nous allons partir pour le plateau du Bolaven et malgré ses nombreuses tentatives de retardement au départ : un café, un autre café, il faut apporter la lessive, aller chercher le scoot, je voudrais checker mes mails et mon compte bancaire, j’ai encore soif, il faut que je regarde ceci et cela, nous finissons par partir. Je suis au volant et tout se passerait mieux si elle ne me disait pas toutes les 30 secondes que rouler à 60 est bien suffisant. Le trajet se passe bien néanmoins et nous arrivons à Paksung 1 heure plus tard. Le problème c’est que l’intérêt de se promener le long du plateau de Bolaven c’est d’admirer les cascades avant Paksung et que nous n’en avons vu aucune. On va donc prendre un café et nous apprenons qu’une visite de plantation de café est en préparation. Nous rencontrons un hollandais d’une soixante d’année aux yeux défoncés, tout rouge, qui vit ici. Divorcé d’une laotienne, ils ont un enfant de 6 ans, Johnny. Un couple d’italien et de français nous rejoignent pour la visite et après la dégustation d’un café nous apprenons un tas de chose sur les arbres robusta et arabica, la production du café Laotien, l’exportation et la rémunération. Tout d’un coup, je commence à me sentir mal, j’ai mal au yeux, ils s’ouvrent de plus en plus j’ai le sentiment d’être droguée. J’ai mal à la tête.

Après deux heures de visites dans les champs nous revenons à la case départ pour déguster à nouveau un café. Comme le premier il est bien fort mais j’ai bien faim à 16h. On change nos plans et on décide de repartir sur nos pas pour dormir près des cascades. Puis mon mal de tête s’accentue. Je pars chercher quelques bananes en espérant que ça va passer mais ça s’empire.

Les occidentaux s’en vont peu à peu et je souffre de douleur. Un marteau est dans ma tête et ne s’arrête pas de cogner. Les français m’ont donné un doliprane et après avoir tenté de vomir plusieurs fois sans succès, j’ai l’impression que ça va mieux. Si nous devons partir c’est maintenant et je me sens plus ou moins en état de conduire. J’insiste pour partir car je ne veux pas passer la nuit ici et faire autant de route le lendemain mais lorsque Chloé monte sur le scooter, il tombe, et elle prend peur. On décide d’attendre encore un peu mais le mal de tête revient et devient insupportable. Je ne peux plus marcher ni penser. Chloé se débrouille tant bien que mal pour que quelqu’un nous amène en voiture à une auberge. Elle s’occupe de moi comme d’un bébé. Elle m’apporte à manger et vers 20h je commence à me sentir mieux. Soit 3h après. Je mange un peu et malgré la froideur de la chambre ça me réchauffe et me fais du bien.

10/01 : Bobbie 

Je me réveille tremblotante et nous partons chercher le scoot abandonné au café. Après un thé, nous partons tranquillement voir les cascades. C’est magnifique, plus de 60 mètres de haut et on peut se baigner dans les piscines naturelles. Mais nous n’avons pas le temps et nous partons déjeuner au bord de la cascade Tat Fan qui se jette depuis près de 80 mètres de haut.

Après une brève hésitation sur la direction, nous voici en route pour de TaD Lo. Chloé prend son courage à deux mains et conduit Bobbie, notre cher scooter. Le démarrage est mitigé et bien que j’ai faillit y rester, je tiens à notifiez qu’elle atteindra les 40 km sur près de 1km ! Le stress l’empêchera d’en faire plus mais, excellent professeur que je suis, elle surmontera sa peur sur près de 5km !

Nous finissons par arriver à TaT Lo et nous allons regarder des vidéos et prendre l’apéritif au Tat Lo Lodge, l’hôtel classe de ce paradis perdu.

Sur le chemin de l’auberge, nous nous rendons compte que les phares de Bobbie n’éclairent pas suffisamment, Chloé tente alors d’attraper mon téléphone dans ma poche et de déclencher la lampe torche. Heureusement avec sa dextérité hors norme, elle nous accomplit ces actions en 30 secondes et nous évite une route remplie de bosses et de trous.

Nous dormons dans le dortoir d’une auberge, au dessus du bar, presque dehors, sur des matelas aux ressorts énormes et avec pour uniques couvertures deux très fines couches de tissus. Gla Gla.

11/01 : Les adieux déchirants

La nuit aurait pu être pire. Nous partons nous balader et trouvons une charmante auberge tenue par des français pour prendre le petit déjeuner. Au menu des œufs cocotes délicieux ! Je demande à Chloé : t’as de l’eau ? ce qui nous fait mourir de rire car nous sommes à TaD Lo. Après ce festin nous partons nous baigner et en profitons pour se savonner dans la cascade qui se verse dans le Mekong. Les enfants sautent des rochers et se lavent eux aussi. Les adultes n’ont pas le droit d’être dévêtu pour s’y baigner et se lavent tout habillé, si on peut appeler ça se laver.

Après ce rafraichissement nous partons visiter une autre cascade et remontons sur Bobbie, notre sooter rouge taggé liverpool par de nombreux stickers.

Nous nous arrêtons grignoter quelques petits gâteaux et boire du coca avant de reprendre la route. Après deux bonnes heures de route et quelques petits égarements, nous rendons Bobbie à son propriétaire avec grand regret. Il vivra d’autres aventures, mais je suis sûre que la plus belle était avec nous.

Après ces adieux qui me fendent le cœur, nous allons dîner dans un petit restaurant et oublions l’heure. Nous courons à l’auberge pour nous laver. Sur le chemin, je me rappelle avoir donné la lessive à laver à un monsieur dans la rue, mais il n’y est plus ! Nous demandons conseil à la réceptionniste de notre auberge et par chance, ce cher monsieur habite tout près. En courant nous nous y rendons et lorsque je cherche le ticket pour qu’il me rende ma lessive je le vois qui l’apporte à une autre personne ! Je me rue dessus aussi vite que possible et la récupère in extremis! Quelle émotion !

Nous nous douchons rapidement et partons pour la station de bus. Ce soir direction Ventiane !

Nous avons les pires sièges du bus. Juste à l’entrée et en face des toilettes. Nous avons un lit assez confortable et assez grand mais je vous assure que ma place est la pire, j’ai laissé la fenêtre à Chloé dans un moment d’égarement ou de gentillesse extrême qui ne me ressemble qu’à moitié. L’aventure continue, en route pour la capitale !

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