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« Un pays qui ressemble à tout et à rien, la Bretagne jetée dans le Pacifique Sud, le Québec aux Marquises, les Alpes aux pieds des baleines »

Il était une fois une terre aux paysages irréels,  inspirant des histoires de hobbits et d’orcs au milieu de volcans parfaitement isocèles et de vertes prairies vallonnées, une terre aux habitants bienveillants et chaleureux, où les caissières des supermarchés nous demandent systématiquement comment s’est passée notre journée. Une terre paisible et peu peuplée.  Une terre si magique qu’en l’espace de quelques semaines,  mes déboires avec l’anglais et ma peur de tenir un volant entre les mains se sont envolés.  Cette terre, c’est la Nouvelle Zélande et j’ai décidé d’y faire se reposer mon sac à dos pendant 11 semaines. A la fin de cette longue étape, je serai très certainement ruinée mais j’aurai des étoiles plein les yeux.

Mes premiers pas au pays des kiwis.

Il est minuit et demi quand j’atterris à Auckland. J’ai une journée d’escale à Sydney bien remplie derrière moi, seulement trois heures de sommeil dans l’avion à mon actif, j’ai du avaler un petit déjeuner à 4h du matin et je ne sais plus comment régler ma montre correctement, tellement le décalage horaire m’a perdue, j’ai, comme Marie, beaucoup trop de cigarettes dans mon sac eu égard au quota des douanes. Je marche complètement à côté de mes pompes.  Et pourtant, quand l’agent de l’immigration me gratifie d’un franc sourire, assorti d’un « welcome in New Zealand Justine, enjoy your stay« , je passe instantanément d’un état de fatigue et d’appréhension à celui de joie et d’excitation. A la sortie de l’aéroport, je rencontre Chloé,  une voyageuse de longue durée tout comme nous et j’accroche aussitôt. On partagera d’ailleurs tente, voiture et premier road trip la semaine suivante. Le chauffeur du bus qui nous conduit au centre ville a retenu la destination finale de la dizaine de passagers à bord et nous sortons tour à tour avec des consignes bien détaillées.  Je retrouve Marie sans encombre et me couche incroyablement enthousiaste au milieu d’un appartement luxueux,  un mix entre les lofts qui n’existent que dans les films et un musée d’art contemporain.

Marie a repéré une voiture sur Internet. Cela fait quelques jours déjà qu’elle m’en parle et qu’en réponse,  je suis incapable de balbutier autre chose qu’un « hum hum » perplexe. Pour ceux qui parmi les lecteurs de ce blog ne connaitraient pas mon histoire d’amour avec les bêtes à quatre roues,  je peux la résumer en affirmant que c’est certainement l’espèce que je déteste le plus sur cette planète,  loin devant les araignées ou les cochons sauvages corses qui m’ont traumatisée étant plus jeune, en m’attaquant pour me voler mon pain d’épices.  Tout le monde en Nouvelle Zélande achète un van ou une voiture pour sillonner à travers les deux îles principales,  car c’est certainement le moyen le plus pratique et le moins onéreux de le faire. Et c’est par la force de persuasion de Marie que je me retrouve dans la banlieue d’Auckland, devant un chinois maîtrisant à peine l’anglais, à devoir comparer des véhicules. Sauf que Marie et moi avons des connaissances automobiles au moins aussi fines que celles d’un pingouin à propos du désert du Sahara. Je commence par regarder très attentivement le bouton qui sert à ouvrir la vitre avant gauche avant de me pencher sur le volant (oh c’est un beau volant, même qu’il tourne! ). Je constate que le tapis qui est aux pieds du conducteur est un peu sale;  en revanche la boîte à gants ferme correctement. Bref,  je suis complètement paumée et je finis par me contenter de regarder le chinois s’ affairer en parlant tout seul. Il nous emmène alors tester la voiture.  Et comme en plus d’être revendeur de voitures il est moniteur de conduite à ses heures perdues,  il se plaît à mettre sa deuxième casquette en poussant des cris quand nous passons trop près du trottoir ou roulons trop lentement à son goût.  Marie est conquise;  je n’ai aucun avis sur la question et suis son instinct. Une heure plus tard et près de 2000 dollars en moins, on se retrouve heureuses propriétaires de star kiwi, que je désigne sur le champ remède miracle pour lutter contre ma phobie. Et pour l’instant ça fonctionne assez bien,  même si j’ai du puiser dans ma mémoire le souvenir de quelques exercices de sophrologie que j’utilise avant chaque trajet et que j’ai toujours l’intime conviction, quand je dépasse les 100km/h, que notre nouvelle recrue peut se casser en deux ;). Auckland n’est pas désagréable mais passés le centre animé,  les plages et les nombreux cafés hipsters où le moindre américano coute quatre dollars,  il n’y a pas de quoi y rester une éternité.  Nous pardons donc rapidement explorer le pays.

A la découverte de l’Île du Nord.

C’est avec tout un tas de matériel de camping et Chloé à bord que nous partons pour la péninsule de Coromandel,  au sud est d’Auckland. Prenez ce qu’il y a de plus beau dans l’Irlande, la Bretagne et la Corse,  mettez-y des bleus et des verts encore plus profonds et étincelants et vous obtenez le cap,  le roc,  la péninsule (tandis que moi j’étale fièrement la seule réplique de Cyrano que j’ai encore en tête). A chaque virage,  le panorama est à couper le souffle,  les plages grandioses succèdent aux falaises,  les vaches défient les lois de la gravité à paître sur des flancs de colline abrupts. J’ai l’impression qu’on a ajouté des filtres et effets spéciaux devant le pare brise. Notre première étape est un coin de paradis, pratiquement seules face à l’océan au milieu des montagnes. En revanche, la première nuit est un enfer, à trois dans une tente premier prix conçue pour une personne et demi ! Le lendemain,  on prend la direction des deux attractions majeures de la région,  « cathedral cove », une immense cavité triangulaire dans la roche qui sert de porte d’entrée à une plage somptueuse et « hot water beach », une plage où l’on peut profiter de jacuzzis naturels, grâce à l’eau chaude qui remonte en surface. La première est un succès tandis que la seconde est ratée.  N’ayant pas pris en considération le fait que les bains bouillonnants sont accessibles seulement quelques heures avant et après la marée basse, on se retrouve, avec quelques autres personnes s’étant aussi faites avoir, à creuser sans trouver autre chose que la plage sous la plage.

Qu’à cela ne tienne,  direction le centre de l’île et les grottes de Waitomo. Découvertes au début du XIX ème siècle,  il s’agit d’immenses et profondes cavités calcaires aménagées pour la visite à la manière néozelandaise, c’est à dire excessivement bien.  Sentiers bétonnés se fondant dans le décor,  jeux de lumière,  barques pour explorer les alentours des rivières souterraines. C’est tout un monde que l’on découvre pendant quelques heures avec, en clou du spectacle, une voûte peuplée par des milliers de vers luisants,  ce qui donne l’impression d’être sous un ciel d’étoiles,  dans lequel ces dernières seraient fluorescentes et à portée de main. Seuls les bavardages de quelques touristes restés sur la berge viennent troubler cet instant fascinant.

Au fil des jours,  on progresse en expertise du camping et on sait désormais replier une tente en quelques minutes, faire la vaisselle sans eau et on a un poil amélioré la qualité de nos nuits en dormant tête bêche ( ceci dit il y en a toujours une qui,  trempée par la condensation et agacée par le coup de coude de trop,  finit sa nuit dans star kiwi).

Avant de nous séparer de Chloé,  on passe quelques jours au parc national Tongariro, l’un des plus populaires du pays, berceau emblématique de Mordor et de la montagne du destin. Une randonnée d’une journée permet d’admirer les paysages les plus   spectaculaires en huit heures de grimpette pas trop difficile. On n’a de toute façon pas d’autre option, l’ensemble des refuges pour les excursions de plusieurs jours étant réservé depuis belle lurette,  haute saison et anticipation néozelandaise obligent. Comme le circuit n’est pas une boucle et qu’il nous faut prévoir de revenir à notre voiture sans avoir à payer les 30 dollars par personne que coûte la navette (et qui nous semblent excessifs,  pour vingt minutes de trajet), on se met, la veille au soir, en quête de personnes dans la même situation pour pouvoir établir un subtil stratagème de partage de voitures.  On fait du tente à tente dans le camping et derrière leurs regards suspicieux,  pas mal de randonneurs semblent se demander intérieurement où est l’embrouille. On finit par trouver trois jeunes allemands sympas et motivés, qui acceptent de nous emmener au point d’arrivée de la randonnée en partageant les frais et me voilà à 5 h du matin au volant d’une star kiwi toute embuée, sur une route en terre où on ne voit pas grand chose si ce n’est rien (ce qu’on ne ferait pas pour économiser quelques dollars! ). Heureusement l’allemand est au moins aussi organisé que le kiwi et nos compères ont certainement repéré la route au préalable car, au milieu de nulle part, ils mettent leur clignotant et empruntent des chemins encore plus caillouteux et sinueux sans aucune indication. Il n’est pas encore 7h quand nous commençons la randonnée dans le sens non conventionnel. Ca grimpe certes un peu plus au début mais on a le luxe de ne croiser presque personne pendant les trois premières heures. La brume est très épaisse et marchant au milieu d’une lande sauvage et humide, je me sens comme Catherine Heathcliff dans les hauts de Hurle Vent (Marie vous dirait, à raison, que j’ai une fâcheuse tendance à vouloir tout comparer à des endroits ou moments familiers). Au fur et à mesure qu’on prend de la hauteur, la brume s’évapore et on a soudain une vue imprenable sur toute la vallée. Près de nous, des nuages se mêlent à la fumée d’un volcan en éruption et j’en ai la chair de poule pendant dix bonnes minutes tellement c’est impressionnant. Après plusieurs heures d’ascension, on atterrit dans un paysage lunaire, où un cratère rouge cache toute une série de lacs verts et bleus. Puis arrivées sur l’autre versant du volcan, devant un nouveau cratère et des sommets enneigés, on a toutes les trois les yeux écarquillés et le sourire figé. Chloé et Marie ne cessent de faire allusion aux paysages du Seigneur des anneaux. Ayant un goût peu prononcé pour les films fantastiques où des monstres et des gentils se battent pour des raisons farfelues (non mais sérieusement, dans quel monde on se tape dessus pendant trois épisodes de trois heures pour un anneau?), je l’avais toujours snobé jusqu’à lors mais j’ai décidé d’y remédier car les références des personnes croisées en chemin m’excluaient trop souvent des conversations. Aujourd’hui, je sais donc qui sont Frodo et Gandal mais je n’ai toujours pas bien saisi pourquoi l’un ne jette pas dans la rivière cet anneau qui lui cause tant de malheurs, ni comment le second a disparu sans disparaitre…

Le kiwi ou l’être le plus exceptionnel au monde (en compétition avec le japonais)

D’abord, il y a eu cet agent de l’immigration qui m’a appelée par mon prénom et m’a souhaitée de passer de belles vacances. Puis il y a eu le chauffeur de bus qui m’a patiemment expliqué comment retrouver ma compagnonne perdue au milieu des rues désertes du centre ville d’Auckland. Et Jarred qui, en plus de vivre dans l’appartement le plus luxueux jamais vu au cours de ma vie, se plie en quatre pour nous aider à préparer notre séjour. Alors quand Martyn qui, au lieu de nous décortiquer en morceaux, se révèle être un geek adorable, cuisinant des repas de rois et ne perdant pas patience quand on passe au supermarché une heure au lieu des dix minutes prévues et qu’on lui demande de répéter pour la troisième fois ce qu’il vient de dire, je commence à penser que le faisceau d’indices est trop important. La gentillesse doit être ici un syndrome généralisé. Même la ranger qui nous offre une amende au réveil pour avoir posé notre tente à un endroit où visiblement seuls les véhicules avec toilettes intégrées étaient autorisés, parait contrariée et nous explique comment faire appel pour ne pas avoir à payer.

Il y a surtout Andrew et Juanita, chez qui on loge depuis quatre jours, en échange de quelques heures de travail domestique quotidien dans leur maison sur la côte ouest, pas très loin de Wellington et encore moins de la plage. Une bonne transition avant de commencer à nourrir les animaux, ramasser des haricots, faire du compost dans une ferme bio la semaine prochaine (je trépigne d’impatience). Lui rigole fort,  a des blagues différentes inscrites sur chaque marcel qu’il enfile en rentrant du travail le soir, nous demande toutes les cinq minutes si on va bien, descend trois canettes de bière à la minute et a le ventre qui va avec, nous explique en souriant qu’il n’est pas gros mais juste pas assez grand. Comme dans un sketch de Florence Foresti, il se nourrit exclusivement de vaches et de patates. Il aurait fallu que vous voyiez sa tête quand, le premier soir, alors qu’on avait cuisiné notre sempiternel menu cake+ salade+crumble, il essayait de cacher la moitié du morceau de cake restant sous le chou rouge, en nous disant qu’il était content d’avoir le premier repas végétarien de sa vie. Il trouve du positif dans toute situation, il a beaucoup d’auto dérision et il a un bateau sur lequel, si la météo est favorable, il va certainement nous emmener faire notre première sortie de pêche en mer. Quand à Juanita, elle trouve tout ce que l’on cuisine délicieux, elle nous remercie chaque soir pour notre aide, elle nous raconte en riant jaune, comment le matin de leur mariage, elle était en train d’éplucher des pommes de terre pendant que lui décuvait dans son lit. Elle a une robe de chambre improbable, elle ne se pose presque jamais sauf pour regarder les infos ou l’équivalent local de « The voice ». Elle a eu quatre enfants entre ses 18 et 24 ans et devait tirer de la bière le soir dans un pub, pendant que lui cumulait trois jobs pour pouvoir s’en sortir. Aujourd’hui ils ont une grande maison rénovée dans laquelle ils accueillent des woofers, plus pour le partage que pour se décharger des taches domestiques (Andrew était hier tout embêté de nous voir continuer à peindre après 17h). Ils nous traitent comme des invitées de marque et nous ont offert une table de camping toute neuve pour la suite de notre périple, juste car on avait mentionné la veille que c’était la seule chose qui manquait à notre équipement.  Ils sont bavards et nous apprennent énormément sur leur pays et sur les valeurs et les moeurs de leur génération. Et comme à défaut d’en tirer des vérités sociologiques intangibles, j’ai l’impression de davantage comprendre un pays en écoutant parler les gens, je suis comblée.

 

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Du 09/02 au 14/02: Une semaine bien agitée !

09/02 : Un long voyage

Nous voici à l’aéroport, prêtes à quitter l’Asie et à découvrir le pays des Kiwi. Quitter le poulet et le riz pour manger de la viande et des légumes, quitter les rues sales et pauvres pour un pays moderne, quitter les asiatiques pour les occidentaux. Adieu les cigarettes pas chères, bonjour la vie de riche.

Je stresse pour ce vol depuis que j’ai acheté mon billet d’avion. 10 heures au dessus de la mer, j’ai peur. Je gobe un Stillnox qui me calme et me rend stone avant de monter dans l’avion. J’ai juste le temps de dîner et je m’endors. Je me réveille assoiffée en plein milieu de la nuit mais les hôtesses dorment. Impossible de trouver de l’eau alors je reste sur mon petit siège, en position Tetris, à attendre que le temps passe pendant que mon stress refait surface petit à petit.

Nous arrivons à Sydney après un petit déjeuner bien copieux. J’ai demandé de l’eau qu’on ne m’a jamais apporté ce qui fait qu’en descendant de l’avion j’ai l’impression d’être un chien dont les babines pendouillent et se dessèchent tellement j’ai soif.

Je me sépare de Justine qui va se balader à Sydney pendant que je vais prendre ma correspondance direction Auckland.

10/02 : Du vomi dans 3m2 au luxe dans 300m2

J’ai la pire place de l’avion : je suis tout derrière, côté couloir juste avant les toilettes. Et mon siège ne s’incline pas.

Je suis la dernière personne de l’avion à avoir son repas. Tout le monde a eu le temps de digérer et en déjeunant j’ai le plaisir de respirer le caca de chaque passager. Et puis mon vieux voisin se met à vomir et sa bonne femme tient les paquets de vomi, un dans chaque main pendant peut être 15 minutes avant de se décider à partir les offrir à l’hôtesse de l’air. L’hôtesse qui va mettre des gants avant de les prendre. Comme il y a la queue aux toilettes, je ne peux pas vraiment me lever pour laisser le passage à la vieille dame et j’ai les sacs remplis de vomi au dessus de moi.

Après ces longues heures de voyage j’arrive enfin à Auckland. J’ai acheté deux cartouches de cigarettes, oui je me suis préparée à l’inflation monétaire que je trouverais en Nouvelle Zélande.

Je fais la queue pendant près d’une heure pour faire contrôler mon passeport et je me dirige dans la zone « rien a déclarer ». Seulement 50 cigarettes sont autorisées et j’en ai 400. Des panneaux et des très grandes affiches « Last chance to declare before an amend of 400$NZ » sont partout dans l’aéroport. Je serre les fesses et donne mon ticket où je ne déclare rien au guichetier. Il commence à m’énumérer chaque point et on arrive au point des chaussures de randonnée. Oui j’ai des chaussures de randonnée, il me demande de les voir et les examine. Je ne sais pas ce qu’il cherche … Il doit être content d’avoir trouvé à redire sur ma déclaration et s’arrête là. Je passe après mon sac aux rayons X. Et là je tremble un peu. J’avais déposé mon gros sac avant, et mes chaussures de rando, justement, sont restées bloquées sur la plateforme. La dame qui regarde ce qu’il y a dans les sacs a donc du se lever pour les libérer et mon sac avec les paquets est passé au même moment. Je ne sais pas si j’ai eu de la chance ou si dans tous les cas elle ne cherchait pas de cigarettes.

Je vois le panneau « sortie » et suis toute excitée ! J’accélère le pas et à ce moment là une femme donne à bouffer à son chien et je change d’itinéraire car juste en face il y a écrit : « Tabacco, leave it here and pay ». Une dernière petite frayeur et je réussis à sortir de l’aéroport avec mon super butin.

J’achète une carte SIM néo-zélandaise où l’on me fait clairement comprendre qu’on ne m’aidera pas à l’insérer dans mon téléphone ni à l’activer.

Je déballe toutes mes affaires pour trouver une épingle à cheveux et enfin arriver à ouvrir l’encoche de l’Iphone. Et ma force n’ayant pas de limite, ma carte SIM française vole dans le magasin, impossible de la retrouver, personne ne m’aide (alors qu’il n’y a pas d’autre client) et mon téléphone ne reconnaît pas la nouvelle carte SIM. C’est donc dépitée que je me dirige vers la station de bus où j’achète mon ticket pour rejoindre le centre ville.

Une petite heure plus tard je suis devant le 238 Karangahappe Road (ou K Road pour les intimes). Impossible de me connecter au Wifi, j’arrête quelqu’un dans la rue et demande son téléphone pour appeler Jarred. Je découvre un type un peu stone, plutôt pas mal, grand et mince aux cheveux bruns assez longs, 37 ans. Mais surtout je découvre une galerie d’art qui lui sert d’appartement : 300m2 dans l’ultra centre d’Auckland. Il me montre ma chambre, ma salle de bain et mon dressing et puis me montre le reste de l’appartement ce qui nous prend environ 20 minutes. Bo concept, Habitat et Rochebobois n’avaient qu’à bien se tenir, ici c’est le grand luxe.

On discute un bon moment et je pars me doucher. Un jet puissant et une pomme de douche tellement grande, parfaitement chaude et chaude longtemps ! La meilleure douche de ma vie peut être, où peut être pas, mais je reviens d’Asie.

Je fais en sorte de me dépêcher ce qui me prends peut être 30 à 40 minutes parce que la salle de bain est trop bien. Demain je prendrais peut être un bain, oui j’ai même une baignoire !

En rejoignant Jarred à la cuisine je m’aperçois qu’il a commencer à cuisiner. Je pars acheter une bouteille de vin. Bouteille que je paye 20$NZ, c’est le premier prix d’une bouteille française. Lorsque je reviens à l’appartement, la table est mise et le repas est prêt. De la viande, de la bonne viande enfin ! et des légumes ; Jarred est au top !

11/02 : T’es bien rouge toi

Driiiing, ça fait à peine deux heures que je dors dans mon grand lit bien propre que mon réveille sonne. Il est temps d’aller chercher Justine. Je m’habille rapidement et à 2h30 pétante je suis dehors et par miracle Justine aussi. Jarred commençait à me faire flipper en me disant que la rue n’était pas très sécurisée. Il avait tenté de me rassurer en me disant qu’il n’y avait personne avec des flingues, ce qui ne m’avait rassuré qu’à moitié.

Justine découvre l’appart et ses yeux s’agrandissent jusqu’à pratiquement sortir de leurs orbites.

Serait-on chez un psychopathe me dit-elle, avec une petite voix qui éveille le doute en moi. S’il avait voulu agir je crois qu’il l’aurait sûrement fait avant.

On se lève vers midi et après les présentations, nou partons tous les 3 en direction de la plage. Après 30 minutes de marche dans les rues bordées de magasins de luxe et 5 minutes de ferry nous voici allongés sous un soleil brûlant à Devon Port. La mer est fraîche et très salée, je suis toute blanche après séchage ! Mais sous le sel, je suis toute rouge. Rougissime même. Moi qui croyais que je ne prendrais plus de couleur après les deux mois en Asie où la couleur de ma peau était restée identique et ce malgré soleil et température extrême.

On se balade au dessus d’un volcan d’où nous avons une vue fantastique sur Auckland.

Avant de rentrer à l’appart nous passons faire des courses, ce soir, c’est nous qui cuisinons. On reste dans fidèle à nous même depuis le début de notre aventure : cake salé, salade de choux rouge aux noix et au bleu, crumble poire pomme banane chocolat.

Les prix nous changent vraiment de l’Asie. Jarred prend le vin ce soir et comme il est dernière nous au supermarché mais avec nous et qu’apparemment je fais moins de 25 ans et que je n’ai pas mon passeport avec moi on lui interdit la vente du vin.

12/02 : Starkiwi 

En route pour étudier le marché des voitures et des vans ! Nous nous rendons dans la banlieue d’Auckland ou j’avais repéré une voiture bien entretenue et peu chère. J’essaye d’appeler le numéro sur l’annonce mais pas de réponse, nous y allons quand même. Après 1 heure de trajet nous arrivons sur place et le garage est fermé. De nouveau j’essaye d’appeler le numéro affiché sur les portes, sans succès. 3 allemands dans la même situation que nous arrivent. Nous attendons tous les 5 pendant une heure, ils finissent par craquer et s’en vont et nous nous continuons d’attendre.

Si nous voulons avoir la dernière navette gratuite pour rentrer il faut partir vers 16h15. Il est 15h30 et nous sommes arrivées vers 13h45.

C’est alors que par miracle, à 15h50, mon téléphone sonne et j’ai au téléphone un chinois tout excité qui me dit qu’il arrive.

Quelques minutes plus tard et le voilà parmi nous. Il n’y a qu’un van dans le garage et il y a plein de voiture.

Nous partons faire un test avec celle que j’ai repéré et nous mettons d’accord pour prendre une voiture. Un van c’est bien trop gros et on se dit que le camping c’est sympa.

La voiture a 140.000 km et le prix est de 1880 dollars néo zélandais ce qui équivaut à peu près à 1300 euros. Je pense que nous faisons une super affaire et aussitôt dit aussi tôt fait, je retire l’argent, nous effectuons le changement de propriétaire et la voiture est à nous !

Au moment de rentrer en ville, le chinois qui nous a hurlé dans les oreilles toute l’après-midi s’aperçoit que la portière ne ferme pas. Il balance le chiffon à Justine en lui disant d’un ton de chinois : « clean it ».

Les grands yeux de Justine s’arrête et ce moment devient magique. Mais le regard du chinois a du être assez fort, car à peine 5 secondes après elle s’est mise à astiquer la voiture. J’essaierai de refaire ce regard !

Il essaye de réparer notre portière rapidement mais ça ne ferme toujours pas. Il nous dit qu’il va appeler son mécanicien et nous décidons alors de laisser la voiture au garage et de venir la chercher le lendemain.

Sur le chemin du retour nous décidons de nommer notre Honda Domani et de lui trouver un nom digne de notre périple. Les idées fusent mais c’est assez rapidement que nous nous mettons d’accord pour Starkiwi. Star car nous comptons sur notre bonne étoile pour nous priver de tout accident ou dommage sur autrui et kiwi car nous sommes dans le pays des kiwi (très fin n’est-ce pas ?).

Les Néo-Zélandais se prénomment ainsi, non pas à cause du fruit qui est le « Kiwi Fruit » mais à cause de l’oiseau qui ne se trouve qu’en Nouvelle Zélande. Il est d’ailleurs pratiquement disparu, mais il a l’air très mignon. Comme notre voiture !

Sur le chemin du retour, Justine rencontre Chloé dans la rue. Elles se sont rencontrées à l’aéroport. Au milieu du passage piéton nous décidons rapidement de partir ensemble visiter l’ile du nord et nos chemins se séparent.

Nous rentrons chez Jarred et dînons en racontant nos aventures de la journée. C’est notre dernière soirée ensemble.

Nous avons déniché un couchsurfer dans l’ouest d’Auckland et partons déposer nos sacs chez lui demain matin avant qu’il ne parte travailler.

Le bus est à 7h du matin.

13/02 : Un psychopate

Jarred s’est levé pour nous saluer et à 6h45 nous sommes dehors en direction de chez Martyn Taylor.

Le trajet se déroule bien mais le temps presse et à 7h45 nous nous rendons compte que nous ne serons pas chez Martyn à temps.

Je l’appelle pour en discuter et très gentiment il me dit qu’il va cacher les clés et qu’il m’envoie un message pour me dire où et comment se rendre chez lui. Jamais nous aurions laissé nos clés à un inconnu mais les néo-zélandais doivent être particulièrement gentils et confiants.

Nous arrivons chez lui et découvrons une petite maison un peu particulière, assez vieille et avec des couleurs passées.

Nous avons dans notre chambre des grands masques d’animaux, des portières de voitures et du matériel informatique déchiqueté. Il y a environ 6 télés dans la maisons et beaucoup de matériel de guerre. Nous allons prendre un thé et dans la cuisine il y a des doigts en plastique qui font office de porte manteau et des haches au mur. Il y a aussi une trappe dans le plafond avec une chaise à bascule juste en dessous. L’atmosphère est particulièrement bizarre. Justine commence à psychoter et me demande si nous ne ferions pas mieux de partir. C’est vrai que l’ambiance est spéciale. Et Martyn Taylor ça sonne un peu Marc Dutroux. C’est alors que nous nous rappelons que sur son profil c’est écrit qu’il n’accueille que des filles et pour rassurer Justine qui commence sérieusement à paniquer, je pars fouiller dans les armoires.

Et dans la première armoire que j’ouvre je découvre … un fusil ! Et puis un deuxième, un troisième et un quatrième. Là, je commence à avoir un peu peur.

Nous décidons tout de même de laisser sa chance à Martyn et ce, après avoir établit un plan diabolique au cas où …

Nous partons chercher la voiture et installées dans Starkiwi nous partons souscrire une assurance. Mais sur le chemin je m’aperçois que l’indicateur de vitesse ne fonctionne pas. Je ne sais pas à combien je roule ! Alors je rappelle le chinois qui n’est qu’à moitié content, j’essaye de la jouer sympa et puis je m’énerve. Mon sang froid ne se compte jamais en minute. Je joue sur le fait que nous avons 24h pour déclarer toute chose qui n’irait pas et il me dit que c’est toute chose en rapport avec le moteur. Alors je hausse encore plus le ton et lui dit que c’est important et qu’il faut qu’il répare ça au plus vite. Et il me dit que je vais devoir payer.

Nous repartons donc en direction du garage et le mécanicien, un chinois pustuleux, est déjà sur place.

Il répare la voiture rapidement et nous demande d’aller faire un tour voir si ça fonctionne.

Effectivement ça fonctionne mais nous ne lui dirons pas car nous ne voulons pas payer et nous repartons vite en direction de l’assurance. Nous prenons l’une des assurances les plus complètes et donc l’une des plus chères et partons à la recherche de matériel de camping.

Quelques coups de klaxons plus tard et après avoir tourné et tourné pour trouver le meilleur rapport qualité/prix, nous nous décidons pour une tente 3 places, 4 chaises, un réchaud, des casseroles et des poêles ainsi que de la vaisselle.

Toutes équipées et bien contente de nos achats nous nous dirigeons vers la maison de Martyn.

A l’entrée plusieurs voix d’hommes se font entendre, nous toquons plusieurs fois et Martyn arrive. Martyn est assez grand, à des yeux bien bleus et des cheveux bruns et une voix irrégulière qui ressemble à celle d’un mouton. Il nous présente Georges son demi-frère et James, un de leur ami.

Martyn est très sympathique et nos doutes s’évaporent en un rien de temps. Nous rigolons un bon moment et Martyn tente de nous expliquer l’histoire d’Auckland à travers des comptes un peu morbides et nous apprenons que sa culture s’est faite lorsqu’il travaillait au Musée d’Auckland. Mais s’il y a travailler c’est parce qu’il conduisait en état d’ivresse et c’était sa punition ! Son devoir envers l’état si on veut.

Au cours de la soirée nous découvrons comment et pourquoi il possède tous ces objets et lui nous dit que toute la journée il a pensé qu’on allait le cambrioler. C’est sûr que récupérer un ou deux fusils auraient pu être utiles pour nous nourrir lors de notre voyage au pays des Kiwi.

Vers 22h, Martyn nous propose de dîner et nous découvrons un magnifique repas sur la table : un rôti de boeuf avec des patates sautées mélangées à une variété de patates douces. Le tout accompagné d’une délicieuse sauce au poivre. Il y a aussi une espèce de quiche aux patates et aux légumes pour Justine.

On se régale, on boit du vin et de la bière, on finit même par un shot d’une très bon whiskey.

James est rentré et nous sommes tous les 4 en ville. Je suis super motivée pour danser jusqu’au bout de la nuit lorsque j’apprends que même au pays des Kiwi il y’a un couvre feu à 3h ! Donc à 3heures et avec ma déception la plus totale, nous rentrons et nous souhaitons bonne nuit et bonne St Valentin.

14/02: Bonne Saint Valentin

On se réveille tant bien que mal, allons prendre le thé et nous doucher, nous recoucher et nous relevons pour partir faire quelques courses. Ce soir nous re-cuisinons et nous mettons difficilement d’accord sur le menu. Il ne faut pas changer les habitudes et nous nous décidons pour un crumble à la ratatouille, des côtes de porc et des crêpes au nutella et sucre/citron en dessert.

Et c’est en cuisinant que Martyn nous apprend qu’il n’aime ni les courgettes ni les aubergines et que son frère est parti. Ce qui se traduit dans ma tête par «  je vous ai laissé dépenser une fortune avec des produits que je n’aime pas et je vous ai laissé en acheté pour un fantôme ».

Au cours du dîner Martyn nous apprend qu’à force de conduire en état d’ivresse il a du porter un bracelet électronique pendant un an qui ne l’autorisait pas à sortir de chez lui avant 7h et après 19h. Aucune exception n’était permise. Quel homme et quelles belles paroles pour une fin de week-end !

Demain, Starkiwi et ses amies partent à l’aventure !

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Mes 40 jours : Thaïlande / Fin

25/01 : Chiang Mai, enfin ! 

J’avais tellement peur de ne pas avoir le bus pour rejoindre Chang Mai que je me suis levée aux aurores et ai fait levée l’anglaise aussi du coup. A 6h15 nous étions à la station de bus qui ouvre à 6h30. Quelques occidentaux du bateau nous ont rejoint au fur et à mesure. Tout le monde a eu des places, mais je voulais être la première, juste au cas où je n’en ai pas et je doive rester un jour de plus dans ce trou.

Le bus est arrivé à 7h15 et nous avons débarqué à Chang Mai 7h après!

Quelle joie d’être enfin arrivée! Je décide d’aller au Mac Do pour semer mes compatriotes de route ce qui est un échec. Mais je reste plus longtemps et prend le premier hôtel que je trouve.

L’après-midi je me pose à la terrasse d’un café pour regarder le tennis et à peine assise un australien commence à me parler. Pas moyen d’être tranquille rrr. Il s’avère cependant qu’il est très sympathique et nous discutons un bon moment jusqu’à ce que je décide d’aller me faire masser. Au moment de payer je m’aperçois que je n’ai pas mon porte monnaie, aie ! Josh, mon nouvel ami australien, m’offre mon strawberry shake et propose que je lui offre un verre le soir en échange. Traquenard ? Je finis par accepter, je n’ai pas vraiment le choix de toute façon. Je passe à l’hôtel récupérer mon porte monnaie et par me faire masser, ce qui se rapproche plus de la torture humaine.

Cette petite femme, d’une bonne cinquantaine d’année me martyrise et me tord dans tous les sens. Elle me marche même dessus et me coupe la respiration pendant quelques secondes ce qui ne semble pas la déranger le moins du monde.

A mon retour à l’hôtel, je démêle mes cheveux, restés dans la même position sans être lavés pendant 4 jours. C’est un réel combat, surtout avec l’odeur qui s’en dégage.

Et après une bonne douche, je rejoins Josh et nous allons dîner dans un restaurant mexicain. Je prends du poisson thaï et wah, c’est super épicé  et du coup ça me gâche un peu le goût. Lui prend un Burrito qui ne ressemble pas à grand chose et se régale pendant que je crache du feu.

Après dîner nous allons au Zoeys, qui est l’endroit où sort de la jeunesse occidentale de Chang Maï. Nous rigolons bien et après quelques verres la fatigue me rattrape et je laisse Josh en compagnie de ses amis d’auberge pour retrouver Morphée.

26/01 : Une journée couleur saumon !

Après une bonne nuit, je me réveille tranquillement et pars explorer Chang Mai à pied. Je m’assois à la terrasse d’un café et me régale d’une salade au saumon fumé avec des tomates cerises, des betteraves, des radis, des avocats, plein de salade, du pain et du beurre. Un grand festin en somme !

Je passe la journée à errer dans la ville et le soir je dîne du … saumon ! mais grillé cette fois.

Josh me propose d’aller voir un spectacle de lady boy ce qui me tente assez mais ma journée a été intense en dépenses de saumon et je préfère aller me coucher.

27/01 : L’horreur aux longs cous

Aujourd’hui je me mets en route pour le village des femmes au long cou. J’ai toujours été intriguée par ce peuple et me demande si leur cou est vraiment beaucoup plus long à cause des colliers et à quoi ressemble leur vie. Le ‘Long Neck Village’ est situé à une trentaine de km du centre de Chiang Maï. Lorsque j’y pénètre, après avoir payé plus de 10 euros l’entrée, je me rends compte que je pénètre dans un zoo. J’ai la gorge nouée, le cœur qui se serre et les yeux qui s’humidifient. J’assiste à un terrible spectacle. Le village se parcourt très facilement en 10 minutes et toutes les femmes ont un stand le long de la « rue principale », de l’unique rue en fait. Des stands de vêtements, de souvenirs, d’instruments de musiques. Bref que des « attrapes touristes ». Les guides sont autour d’elles et en parlent comme on parle d’animaux. Elles se font photographier à longueur de journée en espérant vendre l’un de leur produit aux nombreux touristes.

La seule raison pour laquelle ces femmes continuent de porter les colliers n’est en rien la perpétuation d’une tradition mais bien le paradis des horreurs pour les touristes. Je ne comprends pas que ce ne soit pas interdit et que les gens continuent d’avoir cette curiosité malsaine envers ces pauvres femmes qui font de leur modes de vie le futur mode de vie de leurs filles simplement pour de l’argent. Il doit être bien né celui qui naît du sexe masculin et qui profite des revenus du village en laissant leurs femmes vivrent dans des conditions que je pense effroyables. Passer la journée à tisser, à jouer de la musique ou à dire ‘hello miss, want something ?’ pour trouver un prétexte à l’exposition d’un coup encerclé de colliers n’est pas une vie. J’y suis allée en me disant que j’allais découvrir une ethnie différente de la mienne et qui m’attirait depuis enfant et j’en suis ressortie triste et maussade.

En faisant quelques recherches sur internet je me suis rendue compte que cette tradition n’est effectivement perpétuée uniquement pour le tourisme et que ce peuple, originaire de Birmanie, vit plus ou moins illégalement sur le peuple thaïlandais.

Un jour j’espère pouvoir me rendre en Afrique et découvrir là le vrai peuple au long cou, qui perpétue réellement une tradition prônée de conviction et non prônée par l’argent. Peut-être que je serais déçue comme je l’étais en sortant de ce village mais je reste persuadée que l’argent n’est pas le maître mot dans le monde entier.

Ce soir direction Bangkok (BKK pour les intimes) par le bus de nuit. Je l’avais déjà remarqué en prenant le bus de la frontière à Chang Maï mais je tiens à préciser que les bus thaïlandais sont probablement les meilleurs en terme de services que tout ceux que j’ai pu prendre avant. Une hôtesse à bord, dans mon cas : un lady boy de 2m de haut avec des mains 2 fois plus grandes que les miennes, qui distribue de l’eau, un jus de pommes et des Oréos ! La compagnie de bus Thaï voudrait elle rivaliser avec la compagnie aérienne du Japon qui distribue des glaces Häagan-Dazs ?

Le trajet se déroule plutôt bien, le siège à côté de moi est vide et je réussis à chiper une autre couverture. Je suis confortablement installée mais le bus fait de nombreux stops où tout le monde doit sortir et j’arrive à Bangkok épuisée.

28/01 : La fin de mes 40 jours

 

Je suis arrivée à l’hôtel de bonne heure et par chance ma chambre était prête. J’ai patienté une bonne heure et je suis allée prendre mon petit déjeuner. J’ai mangé un nombre de toasts incalculables et avec plein de beurre. J’ai regardé un film (avec Pio encore), j’ai somnolé puis pris ma douche et je suis partie me balader.

Bangkok est une capitale de plus de 14 millions d’habitants. Je n’imaginais pas arriver dans une capitale avec autant d’immenses buildings et de trafic. J’imaginais une grande ville paisible, un peu comme HaNoi au Vietnam.

La pollution est-elle aussi au rendez-vous et c’est le long des routes bordées de voitures que je pars me balader. Il fait une chaleur à crever, les restaurants et les salons de massages, les galeries commerciales sont les principales attractions de cette rue. Je passe devant un petit restaurant qui ne m’inspire pas du tout et qui n’est pas du tout inspirant, cependant la foule qu’il y a de part et d’autre retient mon attention et la seule chose que j’aperçois c’est un cierge qui brûle devant le portrait du roi et de la reine de Thaïlande. Je passe mon chemin et continue ma balade, arrive dans un joli parc et rebrousse chemin en m’arrêtant déjeuner dans un joli restaurant typiquement thaï.

Sur le chemin du retour, je vois les marchands qui installent les étalages du marché de nuit. Il est à peine 20h que le paradis du faux commence à vivre le long des rues polluées thaïlandaises. Et puis j’entends une ambulance et je me demande vraiment comment elle va arriver à se faufiler dans le trafic. Et l’ambulance se rapproche de l’endroit où je suis pour s’arrêter à quelques pas. Et là, comme tout humain, on regarde et puis on souhaite ne jamais avoir regardé. Un homme est étendu par terre devant le restaurant ou le cierge brûlait plus tôt. Je n’aurais jamais la certitude qu’il est mort mais j’en suis persuadée. Un homme essayait de le ranimer et lorsque les pompiers sont arrivés j’ai senti qu’il n’y avait plus d’espoir.

 

Mon périple seule s’achève sur cette vision et les jours à venir me laisseront le temps de réfléchir à tout ce qui m’est arrivé et à tout ce que j’ai pu voir.

 

 

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Bateau, velo et marche a pied: mon triathlon a la sauce birmane

En dehors des sentiers battus dans l’Etat Kayah

Carine, qui travaille depuis quelques mois en appui à la Commission Électorale birmane, dans la préparation des élections de novembre 2015 (boulot passionnant mais épuisant, j’y reviendrai), nous propose de l’accompagner dans l’Etat Kayah, ou elle doit animer une formation. Contentes de découvrir un bout de pays qui était jusque très récemment fermé aux touristes, nous acceptons et entreprenons d’aller acheter notre billet d’avion ; ce qui se révèle loin d’être une formalité.  Première hérésie : on souhaite acheter un Yangon-Loikaw (« capitale » de l’Etat Kayah) depuis Bagan, chose visiblement inconcevable pour les birmans. Deuxième défi : trouver le bureau de la Myanmar Airways, compagnie aérienne étatique, seule à opérer le trajet mais que peu de personnes utilisent aujourd’hui, encore moins les touristes.  Défi de taille, même dans une petite ville comme Bagan, ou tout le monde baragouine à peu près anglais.  Apres avoir demande a trois agences différentes, nous être fait dire a deux reprises que c’était impossible (euh…si, notre amie a son billet), nous être ridiculisées plusieurs fois de par notre prononciation de la destination en question (« Loikaw -What ?- Loiiikaw -What ? – Loikawww- Ahhhh Louaiiikoooo -ben oui c’est ce que je dis depuis cinq minutes»), nous voila enfin devant le panneau « Myanmar airways, c’est par là, à 300 mètres ». Mais par la ou ? Je crois que, de ma vie, ce sont les 300 mètres que j’ai mis le plus de temps à parcourir.  Ca devient du délire complet et on a l’impression d’être Astérix et Obélix dans les pyramides d’Egypte. On a du demander notre chemin a cinq reprises, et les indications passent de ‘troisième a droite’ au début a ‘revenez d’où vous venez, 100 m tout droit, quatrieme à gauche’ au milieu et la troisième personne nous donne encore une consigne différente, en précisant qu’on est les premières touristes a lui demander ca ( nous sommes ravies de cette exclusivité mon cher monsieur, mais ca ne fait pas avancer nos affaires :p).  Enfin, trente minutes de pédalage dans le même pâté de maisons plus tard, on trouve notre graal. Heureusement que les deux agents avaient été préalablement prévenus au téléphone que deux étrangères allaient débarquer pour leur demander quelque chose d’extraordinaire (UN BILLET D’AVION ?!?) sinon ils auraient certainement pris leurs jambes a leur cou, en nous voyant arriver. A l’intérieur, un grand bureau, un ordinateur portable, des papiers partout, un troisieme larron en train de compter les mouches, et le must, une feuille A4 scotchée sur un mur, sur laquelle on peut lire « Myanmar – National airlines –Karaoke – Language ». Aujourd’hui encore, soit plus de quinze jours après, je continue de chercher à décrypter cette énigme, digne du dernier niveau du jeu télévisé Pyramides. Comme ni Internet ni la plateforme de réservation en ligne qu’utilisent normalement les agents ne fonctionnent, tout doit se faire par téléphone avec la centrale de Yangon. Notre interlocuteur tient sa tête entre ses deux mains, comme s’il était en train de diviser mentalement 17 par 3,14. Il raccroche puis rappelle trois fois, nous demande de reconfirmer date et horaires à trois reprises également (dans sa voix et son regard, on lit sans peine « vous êtes vraiment certaines de vouloir aller a Loikaw ? ») et on est sur le point d’aboutir quand, au moment de payer, il nous dit accepter exclusivement des dollars. Argh. On a que des kyats et on est samedi après midi, les guichets des banques sont fermés et personne ne veut nous acheter des kyats, contre des dollars.  On revient bredouilles une heure plus tard et on parlemente un long moment jusqu’à ce qu’ils acceptent enfin d’être payés en kyats, en utilisant un taux digne de celui d’un usurier. Le e-ticket imprimé, j’ai envie de prendre tout le monde dans mes bras et d’immortaliser le moment par une photo. Mais non, on se contentera d’un franc merci et d’une cordiale poignée de mains, environ trois heures après le début de l’aventure.

Quelques jours plus tard, nous voila donc sur le tarmac de l’aéroport de Loikaw, Giliane, Carine, Piay Sone (son assistant/traducteur) et moi. Le bureau de l’immigration prend nos passeports. Trois personnes copient les informations qu’ils contiennent sur des feuilles volantes, lesquelles sont transmises a une quatrième personne qui, muni de son crayon a papier, fait un quatrième tableau. Fruit du miracle du téléphone arabe birman, entre temps, Giliane est devenue Galine et mon passeport expire en 2061. Carine et Piay Sone doivent animer le lendemain une formation devant la commission électorale régionale sur le rôle que jouent les media avant et pendant une élection (et in fine, la nécessité d’obtenir de bons et transparents rapports avec eux). En novembre, auront lieu au Myanmar les premières élections libres depuis..euh depuis la nuit des temps en fait. L’enjeu est de taille, les bailleurs internationaux ont mis un paquet d’argent sur la table (huit millions d’euros pour l’Union Européenne et probablement dix fois plus pour USAID), il y aura tout plein d’observateurs internationaux et de journalistes. Aung San Su Kye crie depuis des lustres a l’injustice, la Constitution lui interdisant d’être candidate ; et quand un prix Nobel de la paix crie à l’injustice, c’est la planète entière qui vient mettre son nez dans les affaires du pays. C’est donc dans ce contexte que Carine, qui cumule les tares d’être occidentale, jeune et femme, doit expliquer a des anciens membres de la junte militaire, qui sont tous sexagénaires et auprès de qui il est excessivement difficile d’obtenir crédit et confiance, combien c’est important de parler aux media.  Mais d’abord « qu’est ce qu’un media ? » demande t elle systématiquement en début de séance. « Un moyen de propagande ». Ah. Non. Raté.

Pendant que Carine sort les avirons et invente des jeux de rôle pour convaincre les membres de la commission que les media sont leurs amis et qu’ils faut les aimer aussi, avec Gilliane, on monte sur nos vélos et on vaque a nos occupations, plus improbables les unes que les autres. On commence par visiter une cathédrale (l’Etat Kayah compte un grand nombre de catholiques),  et on boit un jus de pamplemousse en papotant pendant une heure avec un prêtre, on va visiter des pagodes et on s’initie au langage des signes pour discuter avec un moine qui veut absolument nous offrir le traditionnel mélange café+ lait+sucre dans une seule et même poudre, on emprunte des chemins de terre de plus en plus sinueux qui ne débouchent sur rien. Sur conseils du prêtre, on se met en quête d’un monument et on demande notre route à plusieurs reprises. Mais comme on n’a pas très bien compris ce qu’était le monument en question, si ce n’est qu’il y a des pics en bois et des parapluies ( ?!), et bien forcement ce n’est pas évident de trouver quand on ne sait pas ce qu’on cherche. Donc on ne trouve pas. Mais au moins on provoque beaucoup de sourires incrédules et moqueurs. A la recherche d’un autre lieu recommandé par le prêtre (oui oui on s’acharne), on tombe sur quelques femmes girafes en train de tisser. On prend des photos, elles nous font essayer un collier (je ne savais pas que mon cou était si claustrophobe, maintenant oui) et des écharpes, on essaie de se comprendre mutuellement, on n’y arrive pas donc on rit, remonte sur nos vélos et passe la fin de journée dans ‘LA’ pagode de Loikaw. Un truc complètement mégalo et psychédélique construit sur une colline, avec des stupas à ne plus savoir ou donner de la tête et qui, à la tombée de la nuit, se pare de néons de toutes les couleurs. On se croirait à Las Vegas. On passe la soirée en compagnie de notre ami prêtre et d’un avocat ami de Carine, à siroter de la Myanmar beer au bord de la rivière et  à refaire le monde. Moi qui suis souvent frustrée de ne pas pouvoir communiquer et me faire comprendre comme je le voudrais, j’apprécie de pouvoir tenir de longues discussions avec les birmans. Il faut dire qu’ils maitrisent l’anglais mieux que personne et qu’ils sont encore plus bienveillants que la moyenne, déjà incroyablement haute, des birmans.

Le lendemain matin à l’aube, Carine me propose de retourner avec elle  à la pagode bling bling, car elle y a été conviée par celui qui la dirige, et qui se trouve cumuler un autre mandat, celui de chef de la commission électorale. Comme je suis tombée du lit, que j’aime bien entendre parler birman et qu’on m’a promis un petit déjeuner, j’accepte et cette fois c’est par l’ascenseur qu’on accède a la pagode (en passant devant tous les fidèles qui font sagement la queue, cela va de soi). Je visite les mêmes stupas que la veille et j’ai la traduction simultanée faite par Carine des propos de notre hôte, lesquels tournent beaucoup autour de chiffres : à quelle hauteur est le plus haut stupa,  à quelle distance est la ville la plus proche…Visiblement les birmans en raffolent, ça doit donner de la consistance en paraissant érudit. Il y a  à cette heure une foule assez dense, générations confondues, venue prier ou prendre des photos. Vient l’heure du petit déjeuner, Piay Sone, Carine et moi sommes alignés devant notre hôte et ses compères qui nous regardent manger et nous resservent du the des que le niveau descend d’un millilitre. Le problème est que l’on nous apporte du poulet déguisé en gâteau de riz et caché sous une feuille de bananier. Gloups. Carine demande à ce que l’on veuille bien m’excuser de ne pas faire honneur au plat et l’on m’amène une pyramide de crackers de riz, que je mange un à  un, en regardant, impuissante autour de moi, dans l’espoir de capter ne serait-ce qu’une très vague idée du sens de la conversation qui se déroule. Echec. Alors je souris bêtement quand on me pose des questions assez pointues sur le fonctionnement de l’Union Européenne et que je ne sais pas y répondre (après tout, c’est pas comme si j’avais étudié sciences politiques!) et je me tiens droite. Car quand même, on n’a pas tous les jours devant soi un chef de commission électorale birmane.

Bateau à moteur, faux pêcheurs et Sauvignon blanc au lac Inle.

De Loikaw, on n’est qu’ à une toute petite heure de la pointe sud du lac Inle et en tant qu’étrangers, on peut désormais librement le traverser pour rejoindre l’Etat shan. Gilliane et moi trouvons l’occasion trop bonne et trépignons d’impatience. Carine, hantée par le souvenir de ses missions de terrain en bateau (et des insolations et autres petits tracas qui vont avec) est davantage sur la réserve et redoute les cinq heures de traversée. Nous nous installons toutes les trois à la queue leu leu sur notre embarcation et a peine celle-ci a t elle démarré que je comprends pourquoi Carine nous avait conseillé de charger nos Ipods la veille. Le moteur fait un boucan d’enfer et on doit s’y reprendre a plusieurs fois pour émettre et faire comprendre un message basique à sa voisine de devant/derrière. C’est donc en tête à tête avec mon appareil photo et mes écouteurs que j’apprécie la traversée. Et quelle traversée. Non seulement les paysages sont splendides : collines verdoyantes alentours, ilots formes par des tiges de lotus, une brume dense pour mystifier un peu le tout. Mais on est surtout spectatrices de scènes de vie incroyables en traversant les villages flottants. Là ou un homme étend des morceaux de coton de toutes les couleurs, d’autres jouent les équilibristes pour éviter de tomber dans l’eau en réparant une toiture. Beaucoup font leur vaisselle ou leur toilette. On verra même une femme laver une vache avec de la lessive ! On croise aussi pas mal d’embarcations similaires à la nôtre et puis des mouettes partout, qu’elles se reposent gentiment sur leur poteau ou qu’elles volent par dizaines au-dessus d’un bateau, attirées par les bouts de pain que leur jette un moine en costume safran. Au cours des premières heures, on ne croise aucun touriste et puis plus on monte, plus les passagers des bateaux blanchissent et plus on assiste à des spectacles de pêcheurs, qui semblent montés de toutes pièces pour la réussite de nos clichés. Certains tiennent des paniers en équilibre sur leurs pieds pendant que d’autres frappent énergétiquement l’eau à coups de pelle, avant de s’arrêter une fois qu’on a le dos tourné. Evidemment il n’y a aucun poisson dans aucun de leurs bateaux. On se demande même s’il y en a encore dans le lac, tellement l’activité humaine a commencé à le polluer. A l’arrivée a Nyangswe, on semble bien loin de Loikaw, des agences de voyage  à chaque coin de rue, des salons de massage et des pizzerias (j’avoue on y est allé deux fois, mais pour notre défense, le cuistot est birman et il fait un super pesto maison).

Le lendemain, ne voulant pas imposer à Carine la torture d’une seconde promenade en bateau, on décide de louer des vélos pour partir en exploration sur les rives du lac. On emmene avec nous un australien que j’ai rencontré deux mois plus tôt au Vietnam et on longe les champs de canne à sucre sur fond de collines boisées. On atterrit quelques heures plus tard dans le seul vignoble du pays. Les tables en terrasse panoramique du restaurant attenant sont évidemment prises d’assaut par les touristes français. Voyant la couleur du vin rouge et la moue effrayante de nos voisins qui y trempent leurs lèvres, on se rabat sur le Sauvignon blanc, qui n’est pas si mauvais, a condition de ne surtout pas lui laisser le temps de réchauffer dans le verre. Une bouteille en entraine une autre et après un énième coucher de soleil, on rentre en zigzagant entre les motos.

80 kilomètres à pied, ça use les souliers (ou comment j’ai perdu mes doigts de pied dans l’Etat Shan)

Un des incontournables de la région consiste à rallier Kalaw depuis le lac Inle en quelques jours de marche. Nous choisissons l’option deux jours-une nuit et faisons connaissance avec Ao Ao, notre guide et Minme, le cuisinier qui l’accompagne et qui est finalement celui qui connait le plus la route. Trouvant assez ingénieuse l’idée de simplifier nos prénoms, nous nous présentons comme Gigi et Juju et la joyeuse bande des prénoms à deux syllabes commence son ascension au milieu de montagnes karstiques. On nous avait préparées à trois heures de marche ardue ; or il est à peine 11h quand on arrive au village pour déjeuner. Nous entamons une conversation corporelle avec notre hôte, une femme de la minorité Pa-Ho qui ne parle pas un mot d’anglais. Je tente d’obtenir son prénom avec ce que je pense une très bonne tactique, qui consiste à montrer Gilliane en la nommant, puis à en faire de même pour moi avant de la designer avec un « and you ? » interrogateur. Cette tactique se révèle inefficace puisque notre interlocutrice hoche la tête en signe d’affirmation. Gilliane tente sa chance en faisant la même chose avec un légume posé à cote de nous. Cette fois elle fait un signe de tête négatif et nous nous résignons, nous contentant de nous regarder toutes les trois en souriant. L’après-midi, nous passons au travers de terres rouges et de terrasses en jachère ou des bœufs semblent désœuvrés. C’est la saison sèche et par conséquent, pas grand-chose n’est cultivé. Le paysage n’en est pas pour autant moins charmant et extrêmement changeant. On passe ensuite par des pinèdes et, arrivés au village ou nous passerons la nuit, on a l’impression d’être en Normandie : prairies vallonnées et arbres qui ressemblent étrangement a des pommiers. On est accueillis par une famille de huit personnes. L’homme le plus âge, qui doit avoir une soixantaine d’années, vient nous saluer, tape la main sur son torse puis montre la pièce où l’on se trouve, qui sert de salon et temple familial. On comprend par la que c’est le chef de famille, son portrait trône sur le mur, comme dans toutes les maisons villageoises birmanes. Le petit fils qui a quatre ans vient jouer à cache-cache avec nous puis se plante devant sa tablette pendant un bon bout de temps. Nos cerveaux occidentaux, qui ont  tendance à sanctuariser les besoins essentiels, passent de la tablette à la plaque de béton dehors à cote du puits qui fait office de salle de bain et sont un peu perdus…On s’endort bercées par le chant de la maman et le ronflement du papa.

Deuxième jour de marche, on croise encore moins de touristes que la veille et quand, au bout de quelques heures, on arrive sur une pagode animée et bruyante, on a comme l’impression d’etre parties très loin et très longtemps. Jour de pleine lune, notre guide nous explique que les habitants des villages environnants ne travaillent pas et viennent faire des offrandes et prier ensemble. Or, il y a devant nous plus d’adolescents aux coupes de cheveux improbables que de moines et dévots. Attablés devant leurs jus de litchi, ils dévisagent les jolies filles en talons compenses. C’est assez marrant et moi aussi je les regarde du coin de l’œil parader a cote des motos, n’ayant visiblement aucune intention d’aller faire des offrandes ou prier.

Arrivées à Kalaw, ayant fait nos adieux à nos guides ainsi que le bilan de nos ampoules aux pieds (six chacune), on décide de remettre ça le lendemain, pour aller explorer une autre région. Nouveau départ matinal, nouveau guide, Gozow, une vraie mine d’informations, qui parle plutôt bien anglais, mis à part qu’il place des « for the » à tout bout de champ. J’aime Kalaw devient ainsi « I like for the Kalaw ». Il a un super chapeau en bambou, il est souriant et motivé, et j’essaie d’oublier que je boite dès les dix premières minutes de marche :0 La pause déjeuner est aussi dépaysante que la veille. Un groupe d’hommes picole et fume on ne sait quoi dans des bangs pendant que les femmes portent les nourrissons et tiennent l’échoppe qui sert de micro boutique et restaurant.  Les rôles sociaux de genre sont encore et toujours bien ancrés et quand je demande à Gozow pourquoi il n’y a pratiquement que des guides masculins, il me répond que les femmes font les randonnées les plus faciles car sinon elles se perdent. Evidemment, et puis elles ne conduisent pas parce qu’elles ont des accidents tout le temps non ?

Nous avons la chance de passer la nuit dans un monastère, perdu au milieu des montagnes. Le panorama est à couper le souffle et les couleurs du ciel en cette fin de journée magiques. Deux petits matelas sont installés pour nous dans une pièce qui doit faire 70 mètres carre et au bout de laquelle il y a un petit temple.  On prend le the avec le ‘moine en chef’. Il est là depuis dix-huit ans et n’est visiblement pas prêt de quitter ce qu’il appelle un monastère « de la jungle ». Ils sont en effet très isoles et chaque matin, les trois moines se relaient pour aller chercher au village le plus proche,  à une heure et demi de marche, le repas du midi, toujours offert par les villageois. L’un des moines passe devant nous en souriant ; il écoute sur son smartphone la meme musique romantique que les adolescents de la veille.

La nuit est courte et mouvementée. Je ne trouve le sommeil que vers minuit et deux heures plus tard, le coq se met à chanter un long moment avant de se rendormir. A trois heures et demi, c’est le moine qui parle au téléphone dans la pièce en dessous de la nôtre. Parcourant la centaine de mètres qui me sépare des toilettes, j’ai meme eu l’impression de voir le moine en chef réveiller le coq pour que le coq réveille à son tour les autres moines. Une sorte de chaine du reveil en somme. Mais avec le recul, ça je l’ai peut-être un peu rêvé. En tout cas, ma chute à plat dos en glissant sur les ronces finit de remettre en place mes idées ensommeillées. Il est 4h, je n’ai pluis du tout sommeil et je regarde la lune qui éclaire tout autour et les moines qui s’activent. Le chat est content d’avoir enfin trouvé quelqu’un qui ne l’ignore pas et il s’en donne à cœur joie. Revenue dans mon lit, les ronflements de Gilliane semblent vouloir concurrencer le chant du coq et prières des moines. Quelques heures plus tard au réveil, on a tous un visage bouffi. Notre guide dit avoir vu trois renards rentrer dans la pièce ou il dormait. Je crois que tout le monde mélange rêve et réalité. Avant de quitter nos hôtes, on decide de faire une donation au monastère . Le moine en chef prend l’assiette que lui tend notre guide (inutile de préciser que la femme ne peut toucher ou donner directement de l’argent à un moine), ferme les yeux et récite une prière, d’un air tres serieux avant de prendre un appel Skype et de glousser de rire. Il revient alors dix minutes plus tard pour nous dire au revoir et nous tend un paquet de chips. Soit. Il y a définitivement des codes étranges dans ce monastère de la jungle…